J'ai acheté mon attelage en décembre 2004 en Ukraine, à un vieil agriculteur nommé Stepan. J'vais raconté l'aventure sur le forum usenet fr.rec.moto, je vous la livre :
Décembre 2004 : Bohdan (mon cousin ukrainien) m’a dégotté un Dnepr MT-16, deux roues motrices.
La chose est planquée dans un garage depuis 8 ans, chez le vieux Stepan

, qui ne peut
plus guère l’utiliser, à cause de sa santé chancelante. L’affaire est
conclue pour 390 $
, et le lendemain de la rencontre, nous retournons au village muni de
ma remorque artisanale.
Il a beaucoup plu et neigé, aussi, la route n’est qu’une vaste étendue
de boue, de flaques et de trous. Bohdan essaie un moment de suivre un
chemin parallèle, mais retourne bien vite sur l’axe principal devant les
risques d’embourbement.

Arrivés chez
Stepan, nous nous dirigeons vers le garage mais nous ne parvenons pas à
ouvrir les portes, bloquées par la terre accumulée. Pas grave, Ben joue
de la pelle et nous sortons l’engin. Très fier, je sors de sous ma
remorque mes deux rails porte-moto, les enclenche sur l’extrémité du
plateau, prêts à recevoir les trois roues du side. Avec l’aide de
Bohdan, Ben, et les voisins, nous poussons la moto… Jusqu’à ce qu’un des
rails forme un angle droit, plié sous le poids. Après calage avec des
rondins de bois, nous parvenons à poser le Dnepr sur la remorque. Le
sanglage consciencieux ne masque pas le principal souci : la remorque
paraît clairement sous-dimensionnée face à la charge, les suspensions
écrasées font presque toucher les roues sur la structure métallique. De
plus, il fait nuit, il pleut et la Volvo ne parvient pas à hisser
l’attelage hors de la cour en pente sans patiner. Les voisins sont à
nouveau mis à contribution, et finalement, nous nous mettons en route.
Ben fait le voyage sur le side, afin de prévenir en cas de problème.
Trois quarts d’heure plus tard, nous parvenons à Radekhiv.
Le lendemain, il nous faut nous rendre à l’évidence : si la remorque a
supporté sa charge sur 10 km, elle ne tiendra jamais les 2300 qui nous
séparent du Mans. Par ailleurs, il ne reste que très peu de temps ( deux
jours ) pour faire les démarches administratives qui doivent faire de
moi l’heureux propriétaire du fleuron de l’industrie motocycliste
ukrainienne.
Nous nous rendons néanmoins à Tchervonograd, la « sous préfecture »
locale avec le vieux Stépan, sa présence étant obligatoire. Ma cousine
Irina a très mal aux cheveux, elle réclame une bière à 9h du mat’, pour
soigner le mal par le mal, l’expression ukrainienne est très proche de
la nôtre. Nous voilà à la « Mrev », nom de l’administration concernée.
C’est évidemment fermé, mais un gus nous renseigne. Il lève les yeux au
ciel lorsqu’il apprend que je compte ramener cette moto en France, nous
dit que c’est impossible ou que cela coûtera très cher, qu’il faut aller
à Lviv pour faire les démarches d’export… Et qu’en plus, il nous faudra
trimballer notre vieux à chaque fois, jusqu’à ce que je sois le proprio
du véhicule… En désespoir de cause, nous allons tout de même faire
tamponner le Passeport Technique du sceau du contrôle technique, à la «
gendarmerie » de Radekhiv.

Coût : 5 hrivnas, soit
5 balles, c’est honnête. Par ailleurs, nous nous rendons chez un
notaire, afin de transférer la jouissance et le droit de vendre le bien
à mon cousin Bohdan, ce qui nous évitera à l’avenir de trimballer le
vieux. Tiens, d’ailleurs, le vieux, après qu’on lui ai offert à bouffer
le midi se rebiffe au moment de signer chez le notaire. Il réclame une
somme d’argent plus élevée, malgré notre accord. Lesya me traduit ses
doléances et commence à s’énerver contre lui et contre la mentalité
paysanne. Sachant que j’ai acheté cette moto à un prix très correct pour
le marché et qu’il m’a signifié son accord, je n’éprouve aucun scrupule
à lui faire dire via Lesya qu’il peut me rendre mon pognon et repartir
dans son village avec sa moto, qui, je lui rappelle gentiment, ne roule
pas depuis huit ans et est dépourvue de robinet d’essence et de neiman.
Revenu à de meilleures dispositions, il accepte de signer les papiers et
voilà mon cousin usufruitier de la moto.
.Il m’assure qu’il
va la remettre en route, et qu’à mon prochain voyage, en février ou à
Pâques, la moto tournera et que je n’aurai plus qu’à faire les papiers.
C’est sur cette promesse que je quitte Bohdan et que nous reprenons la
route, avec notre remorque vide. Le retour s’effectuera en un temps
record, puisque nous mettrons 36 heures chrono à couvrir la distance,
frontières et arrêts compris. Nous nous relayons au volant, l’un dort,
l’autre conduit, et la Red-Bull viens combler mon peu d’appétence pour
le café.
Le mois de février se révèle extrèmement froid en Ukraine, à Radekhiv,
la température descend couramment à -20°C. De mon côté, je ne trouve ni
de plateau, ni d’épave de caravane aisément transformable. Je remet mon
projet de voyage au mois d’avril.
(fin de l'épisode 1)
























