PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

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PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par Est-Motorcycles » 02 févr. 2022, 23:11

Bonsoir à tous !
Un virus a sucré trois discussions sur le forum, dont l'excellente première partie du voyage de Pierre.
Heureusement qu'il a sauvegardé son travail : je lui ouvre donc à nouveau ces pages, étant assuré par notre informaticien, de leur blindage !
Pierre, à toi quand tu peux et quand tu veux, merci !
Cette discussion reprendra donc la première partie du voyage de Pierre - partie sauvegardée - jusqu'au Cap Nord : c'est pourquoi elle est notée 1.
La suite de son voyage continue ICI :

http://www.est-motorcycles.fr/
Une petite vie de concessionnaire URAL en Auvergne et sa fin.
Est-Motorcycles, une histoire d'affineur d'Urals, de pourvoyeur d'aventures. Inventeur, voyageur curieux de tout.
Il est quasi impossible de détruire quelque chose qui a été créé avec le coeur.
L"arme du mal est par excellence le mensonge...
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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 03 févr. 2022, 18:42

LLN – Cap Nord (et retour, ce serait bien…) Départ : mardi 04/01/2022
Jour 1 : LLN – Hambourg
Levé à 6h, pour me mettre en route à 8, il m’en fallut une de plus pour caser les derniers effets…ai-je emmené l’essentiel, ai-je pris trop de matériel ?
C’est la première fois que je pars dans une contrée aussi froide à moto, pour une période aussi longue et ayant l’intention de loger sous tente le plus souvent possible, alors il me faut quand même prendre cela au sérieux.
L’avenir m’apprendra certainement ce qu’il est indispensable d’emmener et ce que je pourrai laisser chez moi.
C’est tendu comme un string – ou, pour ceux que l’image affole !, comme une corde de piano – que j’ai parcouru les 200 premiers km’s. J’ai changé tellement de choses sur mon side durant ce confinement ou en ai amélioré une série d’autres, que je guette le moindre couinement, la moindre vibration, le plus petit bruit « anormal »…petit à petit, je me suis détendu et ai laissé mon esprit errer au gré de ses envies.
En sidecar, cependant, il est fortement déconseillé de se laisser distraire de la route tant il faut anticiper les freinages, les virages, les évitements, surtout chargé comme je le suis.
Je repense à cette année écoulée, aux emmerdes bien sûr – le Covid et sa kyrielle de mesures pas toujours cohérentes – mais aussi aux bons moments, aux rencontres, aux retrouvailles ; au final, bien qu’elle se soit terminée de bien funeste façon, plus de positif que de négatif.
Et le sourire me vient en pensant à mes fils qui ont dû instaurer, je le devine, un tour de garde pour savoir lequel répondra à l’appel du vieux et ira le chercher avec le plateau !!
Faut dire que mes dernières escapades ont fini ainsi, soit pour cause de casse, d’un ECU ayant bu la tasse, d’un plein d’essence croupie ou allongée d’eau, que sais-je, mais en tous cas, pas de la bonne essence !!
Les km’s s’enchaînent dans le vrombissement de mon superbe moteur ; faudrait que je le mette en sourdine au moyen d’un meilleur silencieux car, là, je le trouve trop bruyant. Pas de danger que je m’endorme en roulant !
Le temps est doux pour la saison, entre 8 et 5 degrés. Mouillé aussi ; des pluies intermittentes, des averses venteuses et du sec entre les assauts du ciel.
J’ai opté pour l’autoroute et c’est moche, fatigant pour les bras et les épaules – faut la tenir, cette machine ! – et monotone à conduire.
J’ai pris cette option car je compte participer au Nyttarstreffen (« Nyttar » signifie « nouvel an » en norvégien) qui se tient dans une forêt à une cinquantaine de km’s au Nord d’Oslo, près du village d’Andebu.
J’y ai participé en 2019, et c’était bien sympa ; une trentaine de tentes, des motos et sidecars variés et pour certains bien bricolés, des gars simples et accueillants, quelques accompagnatrices aussi. En petit nombre, les accompagnatrices.
Le Nyttarstreffen commence le vendredi 7 et se terminera le 9.
Pour arriver à temps, je ne pouvais donc traverser les beaux pays d’Allemagne et du Danemark par les routes de campagne ; ce sera pour le retour, que je ferai par la Finlande et les pays baltes.
Juste avant Hambourg, cherchant sur mon GPS un hôtel, je découvris le « Dubrovnik », tenu par des croates serviables ; propre et pas cher.
Je décharge mes affaires, tend la bâche sur ma machine et termine la journée de roulage par une bonne douche et un frugal dîner.
Demain, je traverserai le Danemark.

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 03 févr. 2022, 18:50

LLN – Cap Nord Départ : 04/01/2022
Jour 2 : Hambourg (D) – Hirtshals (Dk)
Levé à 6h30’, j’ai commencé par vérifier le niveau d’huile moteur (+/- 200cc), j’ai refixé deux vis du porte-jerrycan 20L – j’ai dû omettre de bien les serrer lors du dernier démontage/remontage – replié la bâche et rechargé tout mon barda.
Et sans petit-déjeuner – le Dubrovnik n’en sert pas – je me suis remis en route ; il pleut, la température est de deux degrés.
J’ai l’habitude de chauffer ma machine en roulant, pas sur le ralenti ; sur le coup, je n’ai pas été bien inspiré car au bout de 400 m, me voilà à devoir m’insérer sur l’autobahn…avec une grosse circulation de poids-lourds lancés à 85 km/h !?
Je suis donc resté quelques km’s sur la bande d’arrêt d’urgence à 50 km/h en 3e, le temps que l’huile puisse – un peu – monter en température et que la pompe fasse son office de lubrification ; pas vraiment safe pour moi, mais bielles et pistons me remercieront !
Il n’y a pas grand-chose à dire sur cette journée de roulage sur autoroute, si ce n’est qu’elle fut éprouvante pour l’homme et la machine.
On a pris un fort vent en rafales ininterrompu dans la quiche ! Mon side perdait 10 à 15 km/h en 300 m tous les Km ; je n’ai pas dépassé les 85 km/h et ai eu souvent du mal à tenir le ..70 Km/h.
Mes bras et épaules ont chauffé ! Tenir le cap dans ces circonstances, demande force et concentration, croyez-moi !
Cela donne l’occasion de revoir mentalement ses bases en mécanique des fluides, les moments de force et les leviers ; c’est fou comme l’expérimentation se passe d’explication, tous ces phénomènes apparaissent limpides.
Ah, oui ! j’oublie d’ajouter qu’il n’a cessé de pleuvoir jusqu’à 100 km de l’arrivée, avec des épisodes sous cumulo-nimbus, plongeant tout dans le noir, giflant de droite, de gauche, de face sous une giclée d’eau et de grêlons !
Vers 9h, je me suis arrêté dans un Rasthof question de rattraper le petit-déjeuner omis.
Un arrêt bienvenu et réparateur.
Arrivant à la frontière danoise, il faut s’insérer dans un goulot à 30 km/h ; j’aperçois sur ma droite quatre policiers qui à mon approche, me scrutent et entonnent un chant, corse sûrement, les mains sur les oreilles … Vraiment sympa, les flics ici !
Ouais, bon, faudra vraiment que je solutionne l’excès de décibels délivrés par ma ligne, car si j’aime le son grave d’un moteur quatre temps, je n’aime pas déranger les autres. De toute manière à 4.000 tours (90 km/h), c’est incommodant pour le pilote aussi.
A 16h15’, j’arrive à l’étape du jour ; n’ayant rien réservé, je vais de « closed » en « closed »…
Direction la pompe à essence, pour faire le plein et pour demander à la préposée si elle connaît un endroit qui pourrait accueillir mon corps meurtri pour cette nuit.
Elle me dirigea vers un B&B en bordure de mer, bien équipé, bien tenu par une dame charmante et pour un prix modique ; le graal à cet instant de ma journée !
Dîner dans le resto du coin, puis douche, puis réservation du ferry qui me déposera à Larvik (Nor) demain vers 17h, et, cette fois, réservation d’une chambre chez l’habitant pour demain soir.
A demain !
L’adresse de B&B :
B&B by the Sea Hirtshals
Kystvejen, 53
9850 Hirtshals
Dk

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 03 févr. 2022, 18:57

LLN – Cap Nord J3 Départ : 04/01/2022
Hirtshals (Dk) – Larvik (Nor) :
Je n’ai pas grand-chose à relater car entre les deux villes, il y a …la mer ; donc, l’essentiel de cette journée s’est déroulé sur le ferry.
Petit-déjeuner copieux et varié, c’était parfait ; je suis seul dans la salle, une dizaine de personnes arrivera lorsque je termine, probablement des passagers du ferry de midi aussi.
Le ciel a tourné au grand bleu ce matin, le vent est tombé ; à 8H, le thermomètre affichait -2°.
Niveau d’huile moteur, tour de vérification générale et je la démarre question de me rassurer car si je ne le fais que quand je dois me rendre à l’embarquement…et qu’elle ne démarre pas, ce serait le gros stress.
Tout se passe bien, je peux vaquer à mes occupations d’écriture et d’envois.
A 10h45’, je me rends à l’embarquement ; la procédure est simple et rapide, question Covid, juste le Covid Pass à présenter.
A 11h45’, il y a une cinquantaine de camions, une centaine de voitures et…un sidecar !
Une heure plus tard, l’embarquement est rapide et la procédure bien rôdée ; à la place que l’on me désigne, au « rez de pont » - pas de rampe en acier mouillé à grimper ! – on me tend deux sangles pour arrimer la machine.
Il n’y a que des camions autour de nous ; la plupart de leur chauffeur vient saluer, demander où je vais, d’où je viens, quelle est cet engin ? C’est toujours sympa, ce genre d’approche.
Rien à dire sur la traversée qui durera 4h30’.
Sur le ferry, passait toutes les trente minutes sur les écrans, une litanie en norvégien et en anglais, sur toutes les mesures Covid qui sont d’application à l’arrivée en Norvège ; déclaration à remplir, Covid Pass à présenter sous peine de quarantaine, test PCR négatif, etc… .
Et bien, les Norvégiens ne sont pas plus regardant que nous le sommes à nos frontières, car j’ai débarqué sans devoir montrer ou remplir quoique ce soit.
2,5 km me sépare encore de la chambre que j’ai réservée hier ; sur le bateau, j’ai reçu des messages du couple de propriétaires, m’annonçant que sur place, il n’y a pas de réception et que pour la chambre 2 – la mienne, je suppose – le code est 73223. Un peu laconique comme message… .
Bon, on verra.
Mon GPS ne m’a pas mené directement au bon endroit, et je dû recourir à la meilleure façon de trouver une adresse, à savoir, demander aux passants ; une charmante jeune fille – ben, oui, il n’y avait qu’elle ! – insista pour parcourir en ma compagnie la centaine de mètres nous séparant du Pensjonat Larvik.
Un « Thank you so much » plus tard, je garai sur dix centimètres de glace et déchargeai le strict nécessaire.
Alors, genre « escape game », commença la récupération des clés. Devant la porte, trois petites boîtes, numérotée de un à trois ; je suppose que je dois m’intéresser à celle qui porte le numéro 2.
Je pousse sur la plaque noire, rien ne se passe ; je pousse sur le chiffre, toujours rien. De haut en bas, de droite à gauche, fichtre, rien de rien !!
Et il fait sombre ; je prends mon tél, allume le petit spot et remarque alors, que la plaque noire finit par un rebord. Je tire, rien, je pousse vers le haut et – Alléluia !! – la plaque monte et libère une espace où apparaît une roulette à chiffres !
Je tourne les cadrans pour former le 73223 ; sauf que cette boîte ne me semble pas reliée à une serrure.. mais, sur le côté, je découvre un petit levier, que je tire vers le bas et, voilà, la partie supérieure de la boîte s’ouvre et m’offre un jeu de deux clés !!
Chambre spacieuse avec kitchenette ; salon, salle de bain et WC commun aux trois chambres. Je suis seul ce soir.
Je passerai la soirée à écrire et lire ; demain, en route vers Andebu !

Il me revient que dans le CR d’hier, j’ai oublié une anecdote.
En effet, certains savent déjà que mon casque est équipé d’une visière double-vitrage et chauffante ; le nec plus ultra pour garder une vision parfaite par fortes gelées.
Dans le maelstrom des pluies que j’ai hier traversées, j’ai découvert ébahi une option supplémentaire !
La visière « Camel bag » !
Régulièrement, une grosse goutte d’eau tombe au raz de la narine droite, glisse sur la moustache me laissant le temps de sortir le bout de la langue pour absorber le précieux liquide !
Pas question de mourir de soif sous le déluge ; qu’est-ce que nos ingénieurs n’inventent pas !? Les bras m’en tombent.

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 03 févr. 2022, 19:07

LLN- Cap Nord J4 Départ : 04/01/2022

Larvik (Nor) – Andebu (Nor)
Je me suis couché tôt hier, vers 21h30’. Faut dire que j’ai oublié quelque chose d’essentiel chez moi, un accessoire dont je ne me sépare même pas lorsque je dois me rendre dans une administration, un hôpital, enfin tous ces endroits où l’on risque d’attendre et je n’aime pas attendre.
Il est – ils sont – de tous mes voyages… et là, je l’ai oubliée !
Je parle de mes livres, de ma liseuse, bien pratique en voyage !
Cela m’a gonflé lorsque je m’en suis aperçu le premier soir, mais bon, je n’allais pas faire demi-tour non plus. Donc, le soir, outre mon CR quotidien, je lis quelques articles sur mon pc, je visionne un truc ou l’autre sur Youtube – l’étape du jour au Dakar, par exemple – mais, pour le reste, après quelques assouplissements, un peu d’exercice, je n’ai rien à faire ; alors, je me mets au lit.
Vers 23h, tout un ramdam dans la maison me réveille ; au moins trois personnes causent, circulent, ça fait du potin pendant un quart d’heure, puis, tout redevient calme… . J’en saurai plus demain.
6h30’, debout, ablutions du matin, et coup d’œil dehors… alors, la surprise ! Il est tombé un paquet de neige cette nuit.
Faudra que je visse les spikes dans mes pneus parce que la conduite sera incontrôlable sans eux ; je me souviens de mon premier périple ici, et juste avec mes pneus à crampons ce fut une glissade ininterrompue, plus ou moins bien contrôlée, mais dangereuse. J’avais trouvé des clous à visser à la hauteur de Tynset et retrouvé par là-même, un peu de sérénité au guidon.
A raisons de 200 clous par pneu… cela prend un temps certain. Cette fois, cependant, j’avais prévu le coup et un de mes fils m’a fort à propos offert pour la Noël, une visseuse rechargeable sur USB, car la première fois, je les ai plantés au tournevis livré avec les clous et ce fut fastidieux, assis dans la neige.
Il fait nuit encore, je décide d’attendre un peu ; j’ai le temps, car ma prochaine étape n’est qu’à 50 km.
Et puis, apparait, venant d’une porte menant à l’étage, un grand bonhomme qui se présente comme le propriétaire – loueur qui présente ses excuses pour le raffut de la veille et m’explique qu’il a dépanné un Néerlandais qui a manqué son ferry du soir et devait trouver à loger d’urgence.
On cause un peu, je lui raconte ce que je compte faire et il me propose gentiment de sortir sa voiture du garage pour me laisser la place d’y travailler au sec, car il neige toujours.
C’est parti, je m’équipe – faudrait pas prendre froid ou se retrouver mouillé – et je rejoins mon side sur le parking à l’arrière de la maison. Les plus attentifs se souviendront que j’ai signalé hier que je me suis garé sur 10 cm de glace... avec la neige par-dessus, vlan ! je me prends une gamelle, sans mal, me relève, fais un pas et re-vlan ! les quatre fers en l’air ! Bon, bon, bon, on va y aller piano.
Le side démarre au quart de tour – il fait -2° - mais, reste calé en 1ère… pas grave, je verrai ça plus tard ; dans le garage d’abord, les clous ensuite et puis, le cas de cette 1ère.
Heureusement pour moi que le bonhomme est bricoleur et outillé, car ma géniale idée de la visseuse rechargeable sur USB n’a pas pu enfoncer le moindre clou, elle a juste pu émettre un bourdonnement famélique et…bref.
J’ai donc pu utiliser celle du proprio. La manœuvre m’a pris une heure et demi.
Passons au cas de ma 1ère ; j’ai essayé doucement, un peu plus virilement, elle ne veut rien entendre. Je mets la moto sur cric, fais tourner la roue, etc… . Nada, pas moyen de sortir de ce rapport !
Appel au « chaman des Combrailles » (1) qui a d’autres chats à fouetter, mais comme à son habitude, il me répond et me propose encore quelques manœuvres ; au final, je vous passe les détails, mais j’ai pu revenir au point mort et passer les vitesses normalement.
Il est 11h10’, je dois quitter pour 11H ; on ne me tient pas grief et rapidement, je prends la route, enfin…la piste plutôt. De neige, la piste. Faut suivre !
J’aurai l’occasion de tester l’efficacité des spikes dès le premier carrefour car la direction que je dois suivre débute par une sacrée montée ; ça valse du cul, ça dérape, tangue, mais ça monte, ça monte !
Dès que j’aperçois une pompe, je m’arrête pour manger un bout, car une fois de plus, je n’ai pas petit-déjeuner.
C’est particulier de rouler sur cette épaisse couche de neige, il fait tellement sec ici, qu’elle s’envole comme du sable fin, rendant la visibilité nulle au passage des voitures et, plus encore, des camions : un nuage blanc sur fond blanc !
Je retrouve assez vite les réflexes de la conduite en pareilles circonstances et prends du plaisir au décor de ces petits routes tracées par des piquets rouge tels ceux que l’on trouve dans les Alpes, par exemple. Je passe par des plaines, des « cols » de rochers larmés de stalactites énormes translucides ou ocres.
Dès que l’on quitte la ville, on est plongé en pleine campagne, plus d’habitations, très peu de trafic, la neige absorbant les sons, on se retrouve vite isolé, seul.
La route longe une rivière tantôt gelée, tantôt laissant voir une résurgence ceinte de glace. Il ne fait pourtant pas si froid.
J’arrive à Andebu vers 13h ; là, je consulte le dernier message échangé avec l’organisateur et rentre les coordonnées GPS qu’il m’a fournies. Sauf que, ce serait trop simple de les uniformiser, il existe une dizaine de format de coordonnées ! J’ai beau essayer tous les formats que propose mon GPS, pas un ne peut contenir les lettres – N ou E – et les chiffres communiqués ! Las.
Je tente de l’appeler au tél, mais c’est celui de son boulot et il n’y est pas.
Il est 15h30’ au terme de mes essais divers et de mes réflexions et le soir tombant à 16h, je décide de trouver à loger le plus près possible. Demain matin, les participants à l’hivernale vont arriver et il y a des chances que j’en vois passer l’un ou l’autre devant la pompe à essence d’Andebu. Je tenterai cela, et si pour midi, je n’ai pas trouvé un poisson-pilote, alors je poursuivrai ma route plein Nord vers mon prochain RV, celui avec ma fille à Tromso ; 1.700 km m’en séparent. Elle y sera avec deux amies du 9 au 16, ce qui me laisse un peu de marge.
Dans ces conditions de roulage, je ne dépasse pas les 45km/h sur les petites routes et 65km/h sur les nationales. Donc, 1.700 km signifie un paquet d’heures en selle. Au moins quatre jours de roulage.
Je loge dans un charmant chalet, tout en bois, rustique à souhait, comptant quatre lits, une sdb, un salon bien cosy. Cela me permet de « gagner » un jour avec liaison Wifi et de communiquer autrement que par SMS.
Faut voir le positif quand on est confronté aux aléas.
J’ai beaucoup hésité à vous partager ce qui m’étreint depuis 7h, ce matin.
Mais, je conte mes journées, ce que je vis, alors cette funeste nouvelle en fait partie. Ce n’est pas du Dickens ou du Zola, mais cela y ressemble furieusement.
J’ai reçu en pleine face, la nouvelle du décès d’une amie vivant à Kinshasa, famille de la mère de mes derniers enfants.
Depuis qu’elle est née, elle n’a connu que les emmerdes, les abandons de son père, puis de sa mère, puis de sa demi-sœur, puis du reste de la famille. Quand je suis arrivé à Kin en 2004, elle était quasi à la rue, et je suppose que vous savez ce que cela signifie pour une jeune femme de se trouver à la rue là-bas. Je lui ai trouvé du travail, ai veillé à ce qu’elle ait un toit et de quoi vivre décemment.
Elle ne m’a jamais rien demandé, a toujours été reconnaissante des gestes que j’ai pu poser pour elle ; elle n’a abusé de rien.
Elle est morte hier soir dans de grandes souffrances, sans que personne n’intervienne jusqu’il y a trois jours, le médecin ayant déclaré que cela ne valait pas la peine de dépenser de l’argent car elle était condamnée ! C’est un oncle éloigné qui l’a finalement emmenée dans un hôpital où elle fut mise sous oxygène et morphine.
Elle avait 42 ans. Elle s’appelait Emilie – Mimi – Mavuela.
Je suis très triste, je trouve cela tellement injuste, insupportable. Ce soir, je laisse mes larmes laver cette image désastreuse de Mimi décédée ainsi.
Voilà, voilà, j’en resterai là sur le sujet.
(1) Surnom donné à Daniel Winter, d’Est-Motorcycles à Manzat, LE spécialiste des sidecars Ural, et ami, par ailleurs.
PS : sorry, pour les photos ; je pensais en faire de belles en arrivant sur le site de l’hivernale.

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par Est-Motorcycles » 03 févr. 2022, 19:13

Excellent Pierre, merci ! Il n'y a pas nos commentaires mais ce n'est pas le plus important : le déroulement de ton voyage est plus important.
C'est chouette.
PS l'ordi a été nettoyé, on est tranquilles... :D
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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 09:57

LLN – Cap Nord J5 Départ : 04/01/2022

Andebu (Nor) – Nes I Adal (Nor) :
Hier soir, je me suis penché sur la carte et sur Google Maps, question de valider l’itinéraire que je m’étais fixé.
Bien m’en a pris car une partie – la route 51 – est fermée m’apprend Google Map. L’option B est tracée et ne rallonge le parcours que de 50 km.
Par ailleurs, vu les conditions de roulage et les 1.746 km à parcourir – 35 h à 50km/h de moyenne – à raison de 8 heures sur la selle par jour, cela donne 4 jours et 7 heures. Et, cela sans compter le moindre souci… .
La nuit porte conseil dit-on, et au matin j’ai décidé de ne plus chercher un hypothétique poisson-pilote pour l’hivernale, mais de prendre la route du Nord sans attendre.
C’est dommage car cela m’aurait fait plaisir de revoir ces gais lurons et de camper avec eux, mais mon instinct m’incite à ne point attendre à prendre la route.
Cette décision prise, je démarre à 9h, contrôles mécaniques quotidiens et nouvelle répartition des sacs sur et dans le panier, effectués.
Le GPS m’envoie assez vite sur une autoroute, totalement déneigée…avec des spikes de 5mm, ce n’est vraiment pas l’idéal, ça tremble de partout, et je ne dépasse pas le 50km/h ; il est donc dangereux d’y rester tant par la différence de vitesse entre les autres véhicules et moi que par les vibrations que cela entraîne. Première sortie, je la prends et reconfigure le GPS afin d’y supprimer les autoroutes.
Ca va tout de suite mieux sur les nationales qui sont soit enneigées encore, soit couvertes de verglas ; ça glisse quand même, mais c’est gérable, le side répondant de manière très équilibrée pour peu qu’on le guide en douceur tant au niveau de la direction que de la poignée de gaz. Les freins, on n’y touche pas ou alors, pour les dix derniers mètres avant l’arrêt.
La neige et le froid - il fait -5° - ont fait leur œuvre sur la nature; « œuvre » convient bien. De majestueuses ogives pointées vers le ciel, les branches lestées de blanc, voilà les sapins, d’interminables réseaux de radicelles gelées en plein vol, tenus par des troncs sombres ou clairs, voilà les bouleaux ! plus bas, un manteau blanc onctueux, ce sont les plaines bordant ici une rivière, ou là, se confondant avec un lac gelé où, paisibles, pêchent assis au bord d’un trou, des silhouettes.
Etonnement, je longe un lac gelé et, un km plus loin, un autre aux eaux libres et agitées… ?
Vers 13h, je m’arrête pour faire le plein et, à cette occasion, je remarque que mon décanteur d’huile de reniflard moteur fuite de plus en plus. Ce n’est pas grave, mais c’est salissant et je n’aime pas ça.
Sur place, je n’arrive pas à en dévisser le fond et je n’ose pas forcer car le PVC supporte mal le gel et devient cassant, et il n’est pas question de le briser car là, ce serait très embêtant.
Un local vient près de moi et me pose les trois questions habituelles : d’où viens-je, quelle est cette machine, où vais-je ? Quand je lui réponds que je me rends à Tromso, c’est un « you’re crazy ! » qu’il me balance en s’éloignant.
Heureusement que je ne lui ai pas dit « to the Nordkapp », il aurait appelé le 112 !
Ces encouragements me vont droit au cœur.
Je repars et décide de m’arrêter vers 15h, question de trouver où dormir et avoir le temps de réduire cette fuite. (à 16h, le soir tombe)
C’est ainsi que je m’arrête au niveau d’une pompe à carburant/ vrai restaurant/ vrai motel, à Nes I Ada. (quel nom, hein ? cela ressemble plus à un nom latin que nordique, non ?)
Personnel charmant, je reçois vite ma clé – pas le moindre document à remplir, de CI ou de Covid Pass à montrer !? – et débarrassé, je déplace le side pour travailler sur cette fuite.
Me penchant sur celle-ci j’en découvre une autre… de l’huile moteur fuit entre le séparateur et l’alternateur ; ce doit être soit un roulement, soit un joint spi.
Peut-être, puis-je continuer ainsi en gardant un œil plus régulier encore sur le niveau d’huile, ou bien je démonte et tente de réparer. Dan me conseillera mieux demain.
Ne pouvant dévisser le fond de mon décanteur, je le dégraisse à l’essence, puis entoure celui-ci de scotch américain ; je ne pense pas que cela tiendra bien longtemps, mais on verra.
A 18h30’, l’on vient frapper à ma porte pour me signaler aimablement que si je veux dîner, c’est maintenant car dans une demi-heure, la cuisine ferme ; ah, bon, on se couche avec les poules ici, dirait-on.
Comme d’habitude, ce sera un peu d’écriture, un peu de lecture, et la recherche sur le net, de garages dans le coin… ça pourrait servir.

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 10:06

LLN – Cap Nord départ : 04/01/2022

J 6 Nes I Adal (Nor) – Gjovik (Nor) 09/01/2022
Ce fut une dure journée.
La question de savoir si je devais trouver un atelier pour résoudre mes fuites – décanteur de reniflard et entre séparateur et alternateur – n’a cessé de me turlupiner depuis hier.
Je petit-déjeune, mais n’ai pas d’appétit, ce qui est rare le matin. Faut dire que ce que l’on m’a préparé hier n’est pas folichon (voir photo) ; une fois de plus, je suis tombé à un endroit où l’on n’ouvre pas les cuisine avant 11h du matin.
Dan me donnera son avis dans la matinée, mais ayant retourné la question dans tous les sens, je me décide à continuer ainsi vers le Nord quitte à surveiller de près mon niveau d’huile moteur, et à 9h, je m’équipe et charge le side après les contrôles d’usage. Je réglerai ces soucis à Tromso.
Dan me conseillera la même option.
Il est tombé 4-5 cm de neige encore et la combinaison neige sur glace se montre sans pitié, c’est la glissade permanente et je dois être très concentré sur ces petites routes légèrement convexes. Je ne peux me permettre la moindre distraction, genre jeter un œil sur mon GPS si je n’ai pas une longue ligne droite devant moi, sinon « bardaf, c’est l’embardée »( (1) pour les non-belges). Je suis en léger dérapage tout le temps.
Si lorsque la route s’élargit un peu, j’y trouve un certain plaisir, cela devient plus stressant dès qu’elle se réduit à « une voiture et demi ». Je n’ai croisé qu’un seul camion et ce fut chaud.
Dommage car le spectacle autour de moi est ravissant ; je m’arrêterai même pour prendre deux, trois photos ; avec un meilleur appareil, les contrastes eussent mieux paru.
Je longe encore des lacs – je pense qu’il y a plus de surface d’eau en Norvège que de terre – et toujours ce contraste entre des lacs gelés et un peu plus loin en eaux libres. Je suppose que cela provient d’une différence de profondeur, donc de volume, donc d’inertie. Je ne vois pas d’autres explications, la Norvège n’étant pas connue pour ses sources chaudes ; ça, c’est plutôt en Islande.
Première..déconvenue, dirai-je : j’ai rentré Trondheim dans le GPS, coché dans « contournement » les autoroutes et les routes payantes. 506 km m’en séparent. Je glisse, dérape, mais j’avance, croyais-je.
Je longe un lac sur ma gauche depuis un moment et je vois que mon GPS indique que je dois prendre à gauche dans 650 m ; tenez, tenez, tenez ? je ne vois pourtant pas de pont, ce qui se confirme au plus j’approche. Ils n’ont quand même pas creusé un tunnel ? Héé, non, je tombe devant un em-bar-ca-dère !
Sauf qu’il y a un joli panneau jaune et orange dont, si je ne comprends pas le raffinement du texte, je saisis la signification ; pas de bac !
Une volée de jurons que ma mère m’eut interdit de répéter ici, fait trembler ma visière !
Je retourne dans la rubrique « contournement » et coche ce P….N de ferry ! Je repars longeant le lac et avance lentement en attendant que le GPS recalcule la route. Ca dure, ça dure, j’avance, j’avance. Jusqu’au moment où je perçois à nouveau le ruban coloré. Je ne prête pas tout de suite attention à cette nouvelle route, j’ai du temps à rattraper. Erreur, gamin !
Après une dizaine de km’s, je vois que je file plein Sud…plein Sud ?! Mais, c’est au Nord que je dois me diriger. De plus, je vois qu’il m’indique une distance à parcourir de 802 Km ??!!
Ce n’est pas possible ; ok, il y a des grands lacs, mais de là à me faire faire un détour de 300 bornes… .
Je m’arrête une fois encore, annule la route et reprends la configuration à zéro. Voilà qui est plus raisonnable, je retrouve une distance de 560 km et dans le sens opposé, vers le Nord donc.
Cette petite blague m’aura fait perdre une heure de demi.
Pas moyen de dépasser les 45 – 50 km/h, c’est trop casse-pipe ; à cette vitesse-là, j’en ai pour deux jours.
Mais bon, je me calme et poursuis mon petit bonhomme de chemin à vitesse adaptée aux circonstances. Le moteur ronronne, a de la reprise dans les côtes, tout va bien.
100 km plus loin, j’arrive à Gjovik, j’ai mal aux fesses et m’arrête pour faire le plein et boire un café ; il est 13h.
Pas question de perdre du temps à manger, une crasse chocolatée fera l’affaire.
Le café bu, je veux redémarrer et iiik, le démarreur ne peut faire son office ; je sens que quelque chose bloque. J’essaie au kick, pas moyen de le faire descendre. Je mets en 2e, pousse embrayé en avant, en arrière, réessaye, mais iiik et…rien. Je vérifie le câble d’embrayage, c’est bon. Je devine qu’il y a un souci avec l’embrayage, mais je ne l’identifie pas d’autant qu’il est quasi neuf.
Je vous passe des épisodes, mais Dan me donnera une explication (notez que l’on est un dimanche et que Dan répond présent) de ce qui se passe qui me semble coller tout à fait avec les symptômes. Entretemps, j’ai garé/emballé mon side à la station, et rejoint un hôtel en taxi, car on est dimanche.
Le taximan, bien sympathique, passionné de voiture et de mécanique, taille la bavette, et me donne les coordonnées d’un garage moto que j’appellerai dès demain matin.
Deuxième déconvenue.
En rangeant mes affaires, je m’aperçois qu’il me manque le sac de réservoir ; j’ai dû l’oublier à la réception…ou dans le taxi. Renseignement pris auprès des deux intervenants, je dois conclure que je l’ai laissé sur la moto… re-taxi aller/retour.
Troisième déconvenue.
Fin d’après-midi, je me dis que je m’offrirais bien, enfin !, un bon repas ; las, en bas, le resto de l’hôtel est fermé car on est dimanche. ! On commence à le savoir qu’on est dimanche !!
Je finirai dans une pizzeria tenue par des turcs à avaler une calzone accompagnée d’une eau, car ils n’ont pas de bière, ni de vin. Bon, ce sont des musulmans, donc cela se comprend.
Je rentre à l’hôtel et me dirige vers le bar pour m’offrir quelque breuvage houblonné.
Ben, re-non, car me dit la jeune barmaid, depuis 2021, la vente de toute boisson alcoolisée est interdite en Norvège pour tout l’Horeca ! Il faut en acheter en privé dans les grandes surfaces pour la bière et le vin, dans les magasins d’Etat pour l’alcool.
Donnez-moi une eau, svp. J’irai la siroter dans ma chambre ; pfff, quelle journée !
Demain est un autre jour ; je prendrai contact avec ce garage moto et je veux croire que je pourrai résoudre mon souci.

(1) « bardaf, c’est l’embardée », vient d’une émission montée et présentée par le regretté Manu Thoreau, qui parodiait une émission télé de Sécurité routière. C’était assez drôle et quelques-unes de ses conclusions sont restées dans le vocabulaire des Belges, dont celle-là.

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 10:15

LLN – Cap Nord Départ : 04/01/2022

J7 Gjovik (Nor) – Kapp (Nor) 10/01/2022
Depuis 9h, je suis en communication avec GMS, le garage moto recommandé, et une heure plus tard, la nouvelle est qu’ils ne peuvent prendre mon side en charge, mais qu’ils cherchent une solution de rechange. J’attends donc.
Une amie me demandait hier si ce n’est pas pénible de rouler ainsi dans le froid.
Oui, parce que la moindre chose à faire demande de la volonté, de la discipline. Je dois m’habiller correctement, enfiler les couches dans un ordre précis, veiller à garder de la liberté de mouvement, rien ne doit être trop serré.
Je veille à ce que la cagoule ne fasse aucun faux pli qui à la longue gêne, voire fait mal ; les gants à enfiler soigneusement dans les manches de la combi, tout cela est fastidieux, mais nécessaire.
Monter sur la moto, est une procédure : être complètement équipé d’abord ; avant de mettre les gants, avoir inséré la clé de contact, mettre les deux coupe-circuits sur ON, fixer le GPS, brancher le casque à la prise pour visière chauffante.
Le nombre de fois où je dois retirer mes gants, voire mon casque parce que j’ai oublié une de ces actions, n’est plus à compter ! Avec les jurons qui accompagnent !
Le plus fréquent, c’est l’oubli de la clé de contact dans une poche alors que tout le reste est prêt… .
Pas question de transpirer non plus, l’humidité étant l’ennemi absolu par temps froid ; il faut dès que j’ai trop chaud, que j’enlève une couche, quitte à devoir la remettre une heure plus tard.
Non, parce que le panorama en hiver est époustouflant ; si je devais fixer tout ce que je vois de superbe, je devrais m’arrêter tous les deux cents mètres. Les décors qu’offrent la nature en hiver m’ont toujours passionné tant ils sont divers, alors que l’on est devant deux non-couleurs, le blanc et le noir. Mais, il y a tant de nuances de noir, de blanc. Ce n’est pas Soulages qui dira le contraire, en ce qui concerne le noir.
Je suis impatient d’être à Tromso afin de pouvoir me promener à pied, moyen qui reste à mes yeux, le meilleur pour voyager, tous les sens étant disponibles pour la découverte, pour s’imprégner de ce que l’on rencontre.
Pourquoi le side, alors ? Parce que sur de telles distances, je ne suis pas sûr que mes articulations me porteraient encore. Une fois de plus, il faut choisir le compromis le plus adapté à ses priorités.
Je répondais à un ami qui me lit, que je ne voyais pas l’intérêt de montrer ma personne sur les photos ; ce à quoi, il répondit que c’est pour voir l’évolution de la déconfiture de celle-ci au fil des jours ! Le salaaauuud !
Sacré Marcial, ce n’est pas le respect dû aux aînés qui l’étouffe, ce gamin de six mois mon cadet !
Il est 13h et le gars de GMS me téléphone pour me dire qu’il sera devant l’hôtel dans 10 min.
Il est venu avec sa camionnette et un collègue; à trois, on tente de rentrer le side dedans mais ses passages de roues empêchent le cylindre droit de rentrer ; ok, il faut un autre véhicule. Il appelle un pote qui travaille pour la société Viking et qui promet de venir avec un plateau. GMS s’en va refusant que je le dédommage pour ses services ; quand même, où trouve-t-on encore des gars qui ne me connaissent ni d’Eve, ni d’Adam, viennent à deux en camionnette, me trouve une solution de rechange et ne veulent pas qu’on les dédommage !!?? Vers 14H, le plateau arrive et on charge sans souci.
Direction l’ami du patron de GMS, un certain Tromod qui habite à 30 km, à Kapp.
Pour arriver chez lui, la pente est raide et enneigée ; le plateau doit s’équiper de chaînes. Vite fait, bien fait, on voit qu’il a l’habitude.
Tromod est sur le pas de sa porte, aide à décharger, me présente sa femme et me dit de prendre sa voiture pour aller chercher mes affaires à l’hôtel car je dois loger chez lui… quelle hospitalité, quelle gentillesse !
Il s’y connait en mécanique, il restaure des …tanks ! Pas des modèles réduits, des tanks ! Son garage est bien équipé, un tour, une foreuse sur pied, un pont pour sidecar ( !!) et du chauffage ! Il chauffe à 22°, mazette, je n’ai jamais connu ça en hiver !
A peine le side rentré, on dîne. Tôt. Sa femme est charmante, elle étudie à mi-temps pour être aide-soignante et travaille l’autre mi-temps ; une fois la conversation lancée, elle ne tarit plus. Demain, elle passe son examen final.
Ils m’ont préparé une chambre. Je n’en reviens pas d’une telle hospitalité.
Après, ces préambules, je m’attaque à la mécanique et suis les recommandations de Daniel.
D’abord, le démarreur : tout est bien, les vis du volant moteur n’ont pas bougé.
Au tour de l’alternateur et du séparateur ; démontés, la cause du blocage est trouvée : un des deux roulements dans le séparateur est mort, détruit et le joint spi déchiré ; pas moyen de faire tourner l’axe à la main.
Il me faut encore une demi-heure pour démonter toutes ces pièces et les nettoyer.
Demain, on ira acheter des pièces neuves et je pourrai tout remonter ; j’en profiterai pour résoudre la fuite du décanteur par la même occasion, et ferai mes vidanges moteur, boîte et pont.
J’avais acheté une bouteille de Whisky Laphroaig 20 ans d’âge sur le ferry et je la lui offre ; je peux vous assurer que ce fut très bien reçu et goûté sur le champ ! Bon, ce n’est pas très poli de le laisser boire seul, alors il a bien fallu que je l’accompagne… .
A l’heure de me coucher, je n’en reviens pas de tous ces gens pour qui je suis un complet inconnu qui se sont coupés en quatre pour me venir en aide ; ils savent juste que je m’appelle Pierre, que je viens de Belgique et que je souhaite me rendre à Tromso.
Comme quoi, une mouise peut mener à des rencontres exceptionnelles ! Je n’oublierai pas.

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 10:23

LLN – Cap Nord Départ : 04/01/2022

J8 Kapp (Nor) - Kapp 11/01/2022
A la question de savoir à quelle heure il souhaitait que je sois levé, Tromod me répondit 9h.
Je le regardai bien en face, suspectant un trait d’humour, mais… non ; il était sérieux.
Tromod a été victime d’un grave accident de moto qui lui a abîmé la jambe gauche ; celle-ci lui cause des douleurs intenses le contraignant à ingurgiter force médicaments qui influent sur son endurance. Il doit régulièrement durant la journée, prendre le temps de faire un somme.
Le 9h deviendra 9h30’, et cela fait un moment que je tourne en rond ; nous devons aller acheter les roulements et le joint spi. Sans ces pièces, nous ne pouvons avancer.
Tromod ne fait pas les choses à moitié. A propos de moitié, sa femme se dépêche d’avaler un bol de pâtes, car elle passe, ce matin, ses derniers examens d’aide-soignante, qu’elle réussira haut la main, comme nous l’apprendrons début d’après-midi.
Tromod nous prépare du lard, des œufs, des toasts et du café.
Devant tant de gentillesse et de prévenance, je range mon impatience au placard et me joins à son rythme, prend plaisir à goûter ce copieux petit-déjeuner.
Hier soir, il s’est assuré que les pièces sont de stock, et il ne nous faut que le temps d’un aller/retour à Gjovik pour rentrer avec nos fournitures. Il est midi quand même.
Pendant qu’il usine des tubes en acier, et des joncs en cuivre, je fais mes trois vidanges, même celle du moteur qui n’a pas encore atteint les km nécessaires pour cette obligation, mais vu l’état du roulement, je suspecte qu’une partie des éclats de bille est tombée dans le carter ; et, en effet, le bouchon magnétique a fait son office car un petit paquet de scories s’y attache.
Juste avant le dîner de 18h, Tromod met les roulements au surgélateur et le séparateur au four.
Sa maman et son gamin qu’elle a gardé pendant les deux derniers jours, sont arrivés aussi.
Ceci pour dire qu’il n’est pas question de manger en vitesse ; si le dîner est fort bon, la conversation l’est autant. L’accueil de cette famille est vraiment touchant. Une maman qui fut motarde aussi ; elle passa son permis moto à l’âge de quarante ans et ne rangea son deux roues qu’à soixante révolu. Une bien sympathique personne.
Il sera 19h30’ avant que l’on se remette au travail ; Tromod préfère improviser un atelier dans la cuisine car c’est plus prêt du four et du surgélateur ; qu’objecter devant une telle évidence !?
Un peu de graisse, un jonc, une masse prennent place sur le plan de travail, et la mise en place des roulements se fait sans problème si ce n’est que la bague entre eux n’est pas bien centrée… .
Mais Tromod devant mon scepticisme se montre confiant, l’axe va centrer tout ça.
Je la fais courte, mais le résultat ne fut pas probant ; Tromod s’est entêté à vouloir rentrer l’axe à l’étau avec des tubes et des joncs pour entrer tout ça, mais cela n’a pas fonctionné et un des deux roulements ainsi que le bague du centre sont bons pour la poubelle.
En aucun cas, je ne veux jeter l’opprobre sur ce bon Tromod ; il est incroyablement serviable et bien intentionné, un peu têtu aussi, mais j’en connais d’autres, de têtus. Têtu, mais pas borné. On a tout redémonté et demain, on ira chez un de ces amis qui dispose d’une presse. J’avais été prévoyant et avais acheté tout en double.
Pour bien centrer les deux roulements et la bague – il en a fait une nouvelle -, il a mis deux heures sur son tour à usiner un jonc centreur en cuivre. Il veut que ce soit bien ; il y a eu un raté, soit, mais il met tout en œuvre pour se rattraper.
Durant ce temps, je serre des écrous, en vérifie d’autres, met un peu d’ordre dans ses outils ; faut dire que son atelier est dans un désordre indescriptible !
Je commence à connaître mon hôte ; il est un peu dépressif, son accident ayant mis un terme à ses années de voyage – il est allé sur tous les continents -, il se sent peu utile et remettre mon side en route lui tient à cœur et lui donne un but, bien concret, bien réel. L’état de son atelier témoigne de ce qu’il commence, puis laisse là.
Je lui ai dit qu’il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne commettent pas d’erreur et que moi, j’aurais pu le dissuader à le tenter sans presse adéquate.
Il est 22H30’ quand on s’offre un Laphroaig tout en feuilletant un livre remarquablement illustré de « Jupiter » ; non, pas celui que nos amis français abhorrent ou suivent, mais cet anglais qui fit le tour du monde sur sa Triumph.

Allez, demain, mon Ural tournera à nouveau au son de ses deux gros poumons !

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 10:31

LLN – Cap Nord Départ : 04/01/2022

J9 Kapp (Nor) – Kapp 12/01/2022
Les jeunes enfants ne connaissent pas la grasse matinée et le petit Gustav, leur fils de 4 ans qui logeait quelques jours chez sa grand-mère, ne fait pas exception ; dès 8h, j’entends des pas légers et plus lourds (ma chambre est au sous-sol) qui font des va-et vient. Chouette, je vais pouvoir me lever plus tôt que les derniers jours car on a du pain sur la planche !
Quelle n’est pas ma surprise en trouvant sur la table du petit-déjeuner, mon séparateur monté, roulements et axe sont en place. Dessous, un mot de Tromod.
Ne pouvant trouver le sommeil, il est retourné à l’atelier et a repris le montage à zéro.
Ce me semble impeccable ; l’axe tourne bien, pas d’accroc, pas de jeu, rien à redire. Pendant que je lis son mot et découvre le séparateur monté, sa femme m’explique qu’il s’est levé à 4 h du matin pour ce faire !! Sacré Tromod, quel gars incroyable !
Je prends un café avec moi, et file à l’atelier car il y a encore du travail pour terminer le montage de la pièce et puis, tout remonter.
Vers 10h, il s’est levé, a préparé des croque-monsieur et me hèle pour que l’on mange.
Il est un peu crevé, mais heureux, je le vois ; je le remercie, bien sûr, et il me raconte comment il s’y est pris, tout en douceur, prenant son temps pour s’assurer que les pièces rentrent dans l’axe.
Vers 15h, j’ai fini de tout remonter, donne le coup de démarreur salvateur, puis enfile les habits idoines et m’en vais rouler une dizaine de km en guise de test.
Tout est bien ! Je vais pouvoir reprendre ma route vers le Nord dès demain matin.
Mon hôte n’a pas fini de me sur prendre.
Alors, que je rentre le side dans le garage et contrôle le niveau d’huile ( (1) pour les non-mécaniciens/ennes), j’entends un bruit de moteur diesel à l’extérieur. C’est mon Tromod sortant son tracto-pelle !!?? Je m’approche et lui demande s’il veut de l’aide, ce qu’il accepte. Il veut vider sa remorque deux essieux garée plus bas – pour atteindre la maison, il faut en passer par une belle grimpette – chargée d’un moteur, d’une boîte de vitesse, de transfert, enfin de tout un attirail de pièces pour son tank ; il y en a pour une tonne, facile. Il pensait pouvoir monter en tractant avec son Pajero, mais il fut arrêté dans sa tentative à mi-pente. J’avais à peine remarqué cette remorque, coincée sur le côté et figée dans 40 cm de neige.
Ce ne fut pas facile, mais il a du bon matériel et sait s’en servir ; au bout d’une bonne heure, toutes les pièces sont rangées sur palette et remisées dans un de ses trois garages et la remorque sortie de sa gangue glacée.
On se boit un thé et je lui propose de descendre en ville acheter une bouteille de champagne pour fêter la réussite de Nopi, sa femme à ses examens.
Elle en sera très heureuse et il me dit de prendre sa voiture. Je préfère que l’on s’y rende à deux – j’avais dans l’esprit de lui acheter une bouteille à lui aussi – et c’est alors qu’il m’explique qu’il ne peut conduire l’après-midi car les médocs qu’il prend sont trop forts.
J’ai de la tendresse pour cet homme.
En route pour nos emplettes; elle préfère du demi-sec, nous prenons un Proseco, il choisit une bouteille de vin rouge pour lui et avant de rentrer, nous rendons visite à son ami – d’enfance ai-je appris – qui tient le garage moto et m’avait adressé à lui.
Toujours aussi sympathique cet homme-là, on évoque la suite de mon voyage et nous nous penchons sur Google Maps pour qu’ils me renseignent des beaux coins.
Rentrés, madame est, en effet, ravie de son Proseco, Tromod ouvre le Nero d’Avola et nous dînons.
Sorti de table, je retourne dans l’atelier pour recharger le side de tout mon matériel ; je n’en ai pas encore utilisé le tiers, c’est un peu ridicule. Je transporte même des buches et du petit bois !
Souriez, moquez-vous ! l’expérience m’a montré qu’on est bien content d’avoir du bois sec pour allumer le premier feu quand on a fini de monter la tente et qu’il fait nuit déjà !
Tromod a consulté la météo et m’annonce que les deux prochains jours seront pénibles ; pluies intenses et fort vent avec une température positive de 3 à 6 °.
Il me déconseille vivement de prendre la route des montagnes car le vent y est plus fort, et cartes déployées, nous traçons deux alternatives d’itinéraires ; il ne manque pas de m’indiquer les endroits où il a des amis…en cas de pépins.
La météo est bizarre, me dit-il ; de telles températures sont tout à fait anormales, de l’ordre de 15 degrés au-dessus de la moyenne à cette époque de l’année.
On s’offre un dernier Whisky et je rejoins mes pénates ; demain, je respecterai son sommeil et l’on se donne rendez-vous à 9h.
La route reprend ; j’aurai connu des emmerdes, mais aussi et surtout, j’aurai rencontré un homme charmant, serviable, attentionné et sa petite famille tout aussi sympathique.
Bien sûr, nous nous sommes échangés numéros de téléphone, adresse e-mail et postale ; il est obligé, contraint de venir loger chez moi lorsqu’il se rendra à Ciney où, parait-il, se trouve un surplus militaire spécialisé dans les engins lourds comme le sien (18 tonnes, quand même).
Demain : on the road again !
(1) Ayant changé aussi le filtre à huile, 200cc d’huile environ, y resteront, entraînant de ce fait, une baisse de niveau dans le carter qu’il est bon de corriger.

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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 10:41

LLN – Cap Nord Départ : 04/01/2022

J10 Kapp (Nor) – Trondheim (Nor) 13/01/2022
Je suis éveillé depuis 6h30’, comme toujours ; j’ai des bornes à faire car je n’ai pas encore renoncé à rejoindre ma fille à Tromso avant son départ.
Mais, pas question de partir comme un voleur, je veux ce dernier petit-déjeuner avec Tromod, mon ami. J’attendrai 8h50’ pour déjà monter mes affaires et les ranger dans le side.
Gustav et sa mère sont debout, c’est elle qui cette fois, prépare le petit-déjeuner.
A 9h tapante, Tromod apparaît, nous rentrons du bois, puis mangeons ; il me donne les coordonnées d’un ami à Kristiansund, sur la route Atlantique, car vu la météo annoncée en montagne, il me déconseille de filer plein Nord.
Hier, en allant me coucher, j’ai vu de la lumière dans une pièce à côté de ma chambre et y ai jeté un coup d’œil ; mazette ! une splendide Bonneville, une T120, en parfait état et rutilante – de 1960, me dira-t-il – et une Buell.
En déjeunant, je lui dis que ce n’est pas bien de me cacher ses trésors ; il se marre un peu, et me dit qu’avant mon départ, il me montrera autre chose encore, puisque j’aime les « vieilleries » ; avant son accident, sa Bonneville était sa moto du quotidien.
Je m’équipe pour le départ, puis le suis vers un quatrième (!) garage en contrebas de la maison ; s’y trouve deux sidecar Nimbus (voir photos) de 1950, quatre cylindres longitudinaux, à arbre à cames en tête, et cardan ! Il y a de la poussière, mais elles sont en très bon état ; il a traversé les USA avec son frère sur ces machines.
Son rêve : acquérir une Zundapp KS 750.
Je sais que lorsqu’on se reverra, nous aurons encore quelques sujets de conversation !
Ce n’est pas que je m’ennuie, mais, là, je commence à trépigner intérieurement et les au revoir terminés, j’enjambe mon destrier et démarre enfin. Il est 10h30’.
Il fait grand beau, et 8 degrés au-dessus de zéro !! Quel contraste avec mon arrivée ; j’ai de la peine à croire que 100 km plus tard, la météo va fortement se dégrader.
Le side marche bien mais, comme au départ de LLN, je guette les « bruits », les à coups, les pertes de puissance…
La température excessive a fait fondre la neige quasi partout et je me retrouve avec mes spikes sur le bitume ; ce n’est vraiment pas l’idéal, ni pour les pneus, ni pour la tenue de route, aussi je décide de ne pas dépasser les 75 km/h.
Le soleil est dans mon dos, le ciel est magnifique, bleu teinté de rose, je longe le lac Mjosa qui s’étire sur plus de cent km (c’est le plus grand du pays) et peu atteindre 400 M de profondeur.
Je suis la vallée, au moins jusqu’à Otta (80 km de Kapp); ensuite, ça monte et, la météo l’annonce, le temps devrait se dégrader.
Au loin, je distingue des sommets enneigés et, en effet, de noirs nuages y plombent le paysage.
A Dombas, je devrai choisir : soit, je vire vers l’Ouest et la route Atlantique, si belle m’a dit Tromod, et rejoins un de ses amis à Kristiansund (Kapp – Kristiansund = 454 km), soit, je prends le risque de poursuivre plein Nord, direction Trondheim (Kapp – Trondheim= 391 km) qui me rapproche de ma fille.
Y arrivé, j’ai déjà parcouru 200 Km et la machine tourne fort bien. Pendant que je fais le plein, une superbe Coccinelle de 1961 tractant une jolie caravane toute en rondeur arrivent ; on cause « anciennes » - la mienne ne l’est pas tant, son modèle, si – avant que je ne m’offre un café accompagné de son désormais habituel «Snickers » ; j’aurai avalé plus de ces crasses en cinq jours que durant les vingt dernières années !!
Mais, je ne veux pas perdre de temps, alors basta.
Les premières gouttes lavent ma visière et la route monte. C’est le déluge et les rafales de vent qui m’accueillent sur les premiers contreforts ; la visibilité est faible, la route traversée par des torrents.
45 – 55 km/h, telle est ma vitesse durant l’heure que durera la montée ; je dois être très vigilant, car si quasi toute la neige a fondu, des vestiges de glace traînent leur langue informe ci et là, entrainant une embardée si ma roue les lèche.
Sur le plateau, l’ambiance est morne, le paysage teinté d’auburn relevé du vert tendre de quelques sapins épars. D’immenses marres se forment alimentées par la fonte.
Je ne croise personne et si ce n’était les stries noires d’une ligne électrique sur l’horizon, nulle trace de civilisation ici.
La pluie se mêle à la neige fondante dont je sens le poids des flocons frapper visière et combinaison.
Mais, dans ce mauvais temps, à l’instar de la chanson enfantine, mon « petit cheval » trottine sans moufter de son ronron régulier ; pour celui ou celle qui doute encore de sa capacité à affronter la pluie, voilà un beau démenti !
La température est tombée à 1°, et les trombes d’eau qui m’assaillent, ont tôt fait de refroidir l’air ambiant, sans que le froid ne devienne gênant cependant.
La descente se pare des mêmes conditions, si ce n’est que la nuit tombante perturbe un peu plus la visibilité.
Dans la vallée, vers 16h, à 80 km du but, j’hésite même à continuer car je ne vois même plus le bord de la route lorsque je croise un véhicule dont la lumière des phares s’irise dans les gouttes qui baignent ma visière. Ce sont encore des méandres et la peinture de la route n’est presque pas visible.
Par intermittence, les flocons se font plus dense et collent un moment sur la visière ; les conditions de visibilité sont vraiment mauvaises, voire dangereuses et je suis contraint de relâcher la poignée ; je ne dépasse plus les 50 Km/h.
Pourtant, ça commence « à sentir l’écurie » ; le panneau annonce 19 km pour atteindre mon étape du jour !!
Je suis bien content ! de la performance de ma machine d’abord – et plus rien ne fuit -, de ne pas avoir renoncé ensuite.
Si demain, en partant tôt cette fois, je peux couvrir 640 km jusqu’à Narvik, alors il me restera 434 km pour arriver à Tromso samedi fin d’après-midi, pour me faire gâter par ma fille et Mégane, l’amie qui l’accompagne ! Cette perspective m’anime.
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pvdm100358
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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 15:05

LLN – Cap Nord Départ : 04/01/2022
J11 Trondheim (Nor) Moesjen (Nor) 14/01/2022
Quelle journée ! Jamais auparavant, je n’ai conduit dans de telles conditions tout au long d’une journée (de 8h45’) !
Je n’ai pas eu un instant de répit, je suis vanné.
Ce matin déjà, la pluie a cédé sa place à la neige, la température est de zéro degré. Mon side était sous abri, mais le vent est violent, quelques vagues de flocons dures et ronds s’y sont fait une place, en fines congères.
Le niveau d’huile est rectifié et je m’aperçois que le pneu arrière de la moto est quasi à plat… un mini-compresseur fiché dans sa prise 12V dédiée, le regonfle ; il était temps car il n’y restait qu’un kg et demi de pression. Je devrai le surveiller celui-là. J’espère que ce n’est pas un des spikes vissé qui a traversé… le bitume, tout ça.
A 8h30’, je prends la route sous un déluge de neige ; le vent est si fort que les flocons frappent à l’horizontale ; il en sera ainsi toute la journée.
Il fait nuit encore, le trafic à la sortie de Trondheim est intense, il faiblira une vingtaine de km plus loin.
Je longe la côte atlantique, puis pénètre dans les terres ; le long de l’océan, le vent n’est que bourrasques rageuses qui déstabilisent mon attelage à chaque changement de cap ; dans les terres, le vent est à peine moins violent, mais il fait un degré de moins et il neige davantage, de cette neige lourde qui colle à ma visière, et se met en tas le long des ornières laissées par les poids-lourds et les voitures.
L’écart entre les roues arrières du side, est de 1,1M, ce qui signifie que j’ai toujours une roue dans un tas de neige… c’est très fatigant car je dois sans cesse redresser l’attelage, en douceur qui plus est, au risque de partir en tête à queue.
Certains me diront : mets les deux roues dans la neige ! Non, car cette neige-là n’est pas assez gelée et les empreintes de la roue avant ne peuvent absorber cette mélasse.
Heureusement, il y a peu de trafic.
L’océan est furieux, de couleur du ciel, tantôt noir, tantôt saumon, tantôt gris, moutonné d’écume. A l’intérieur des terres, c’est la campagne que seuls, les bâtis en bois peints – rouge foncé, beige, blanc – distinguent de la nôtre. Durant 100 km, telles resteront mes conditions et ma vitesse oscillera entre 50 et 65 km/h, je ne prends pas le risque de rouler plus vite.
A 11h, je fais le plein ; deux norvégiens viennent me trouver et me traitent de « crazy » quand je leur dis d’où je viens et où je me rends ; décidemment, ce doit être leur manière de prodiguer des encouragements, car ils le disent avec un sourire bienveillant.
Je ne m’attarde pas et j’ai raison car les conditions climatiques vont se dégrader encore.
Bientôt j’atteins les montagnes, la température ne perd qu’un degré (-2°), la mélasse gèle – c’est mieux – mais l’épaisseur de neige augmente, rendant l’efficacité des spikes insuffisante pour empêcher le dérapage…permanent.
Le vent est à décorner les bœufs, il y a dix à quinze centimètres de neige, celle-ci vole toujours à l’horizontale et, par-dessus le marché, il fait aussi sombre qu’à la tombée de la nuit ; je n’y vois rien, ça dandine du cul et de la neige s’insinue dans le haut de mon col, juste sous le casque.
Je m’accroche, décidé à enquiller les km’s, mais c’est à 45km/h que je parviens à maintenir ma machine sur sa bande de roulement.
Par intermittence, la neige s’interrompt, pas le vent qui m’accompagnera sans répit, et du coup, la visibilité s’améliore me permettant de mieux anticiper et d’« accélérer » de dix km/h.
La route sinue ainsi dans la montagne sans croiser un village pendant 120 km ; maintenant, je ne croise que quelques camions, très prévenants, mais leur sillage de neige volante m’aveugle pendant quelques secondes me donnant à chaque fois des sueurs froides, car mêmes les piquets rouges se dérobent à ma vue en ces circonstances.
Les arbres ont perdu leurs habits blancs, arrachés par les rafales, tout le reste est blanc et il me faut user d’une concentration de tous les instants pour rester sur la route.
J’essaie de me détendre pour soulager mes mains et mes épaules qui manoeuvrent sans cesse, mais aussitôt je dois reprendre l’effort pour redresser l’attelage. Ma crainte est de ne pas voir une congère à droite et que la roue du panier s’y plonge ; si cela devait arriver, j’irais au fossé illico. Et ça, vous l’aurez compris, je veux l’éviter à tout prix.
Il est 13h30’ et décide de m’arrêter pour mon, désormais rituel, déjeuner ; un suisse m’aborde, il vient du Cap Nord. Il y fait très, très mauvais temps, me dit-il. Il l’a testé en Audi E-Tron.
En Norvège, il peut s’y essayer, je lui déconseille de le tenter partout ailleurs en de pareilles conditions!
Je nettoie mes feux recouverts de deux cm de neige ; je roule tous phares allumés depuis ce matin et régulièrement, je dois y passer. C’est le désavantage des feux à Led, ils ne chauffent pas et se recouvrent donc facilement de neige, ce qui n’est pas le cas avec des ampoules, bien nommées, à incandescence.
Dès 15h, la nuit est tombée et ma visibilité pâtit des phares venus de face ; elle était déjà mauvaise, mais là, je me dis qu’il faut que je m’arrête car la limite du raisonnable, de mon raisonnable en fonction de mes capacités de pilotage et de vue, sont atteintes. Je ne dépasse plus le 45 km/h et cherche un hôtel.
Il me faudra encore rouler deux heures avant d’en trouver un, à Moesjen ; j’aurai parcouru 410 km.
La moto a fonctionné du tonnerre, un vrai plaisir si ce n’était ces conditions dantesques.
Bonne nouvelle ! Depuis ce jour, l’Horeca norvégien peut à nouveau servir vins et bières !!
Installé, douché, je me rends dans le premier pub venu et m’offre mon morceau de viande hebdomadaire, avec un verre de vin rouge, un dessert et un déca ! la totale !
On n’a que le bien que l’on se fait, n’est-il pas ?
Arriverai-je à temps à Tromso ? C’est la question. La météo reste calamiteuse et je ne pourrai donc pas faire plus de km’s demain que je n’en ai parcourus aujourd’hui ; mais, je pense que j’arriverai dimanche vers midi.
Assez tôt pour les voir, déjeuner avec elles (?), trop tard pour réellement passer du temps.
Ainsi vont les choses, à l’impossible, nul n’est tenu.
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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 15:13

LLN – Cap Nord Départ : 04/01/2022

J12 Mesjoen (Nor) – Innhavet (Nor) 15/01/2022
Ce matin, dès le levé, je jette un coup d’œil à l’extérieur ; il ne neige plus, le vent semble s’être calmé.
Petit-déjeuner comme je les aime – pain, beurre, confiture et café -, puis, je descends dans le garage où j’ai pu garer la machine, pour les vérifications d’usage, dont l’état du pneu arrière…il est dégonflé.
Le manomètre indique 1,2 kg, il en manque 1,5 de perdu en 24h.
La fuite se confirme, mais c’est gérable ; je résoudrai ce souci à Tromso. J’ai d’autres petits points à voir et à arranger, si bien qu’il est 9h lorsque je prends la route.
Le vent est tombé, il ne neige plus, la température est de -2° ; voilà des conditions qui me redonnent du courage, peut-être que si cela se maintient, pourrai-je rouler une partie de la soirée pour quand même arriver à Tromso dans les délais et passer un peu de temps avec ma fille et Mégane qui l’accompagne.
La route reste très glissante, mais avec cette bonne visibilité, je peux mieux anticiper et rouler à 50 – 65 Km/h.
Je me suis fait une frayeur… ! Les routes en montagnes, ils les aiment avec virages relevés, genre anneau de Daytona ; si cela doit donner de bons effets à 90 ou 100 Km/h, cela se transforme en tobogan pour sidecar Ural circulant à 45 km/h, et face à un poids-lourd… .
Je glissai sur sa bande de roue gauche et pas moyen de remonter le rail de glace qui m’eut permis de rejoindre mes traces, à droite. Ma roue avant ripait sur ce rail bordant les bandes de roulements de chaque côté de la route.
Le face à face se dirigeait dangereusement vers un « face contre face ».
Je donnais de petits coups d’accélérateur qui donnent une impulsion vers la droite au sidecar, mais cela ne suffisait pas ; surtout, ne pas freiner, ne pas couper les gaz ! Ce qui m’eut mené à gauche toute.
Alors, lorsque le camion ne fut plus qu’à 50 m – je pense qu’il avait ralenti, voyant ma difficulté – je donnai un coup d’accélérateur plus franc – c’est très contre nature, d’accélérer en pareille circonstance !! – et, ouf !, ma roue avant sauta l’obstacle, le reste du side suivant sa voie.
C’est vite écrit, mais j’ai eu la trouille de ma vie et je sentis mon palpitant cogner pendant quelques minutes.
Après cet incident, je me suis sérieusement méfié de ces dévers et croisai les autres véhicules à 30km/h, pas plus.
J’avançais bien, le side marchait bien ; la nature avait comme « la gueule de bois » après le déchaînement de la veille. Tout était recouvert de neige ; la moindre verticale, plaquée sur une face de neige/glace, avec violence. Les entrées de tunnel, encombrées de congères sur plusieurs dizaines de mètres.
Rien ne bougeait plus ; pas un flocon, pas une risée.
Je passai par des petits cols entre rochers énormes dont les écoulements de fonte des neiges étaient figés, de couleur terre. J’aurais aimé prendre plus de photos de ces vestiges témoins d’une nature débridée, mais s’y arrêter ne s’y prêtait vraiment pas ; les routes sont trop étroites et trop glissantes.
A 13h, je m’arrête pour faire le plein, regonfler mon pneu arrière – il a perdu 1kg !! – et manger un bout ; cette fois, je m’offre un sandwich garni et un café. A 13h45’, je suis déjà reparti.
Et voilà qu’il reneige ; faiblement d’abord et puis, de plus en plus fort. Mais, sans le vent d’hier. Cela me ralentit un peu, car la visibilité baisse d’un cran.
Une heure plus tard, sur un plateau élevé, plat comme la main à perte de vue, sillonne la route glacée que parcourent des traits de neige poussés par un vent d’Ouest. Quelques km’s plus loin, je passerai la ligne du Cercle Polaire Arctique, sans m’arrêter. La température a perdu 4°, il fait -6.
Dans la longue descente maintenant fort enneigée, je dépasse deux camions en mauvaise posture ; l’un a pu garder sa cabine sur la route, mais la remorque est dans le fossé, l’ensemble dans un équilibre instable. L’autre a fini sa course en contrebas, sans casse apparente. J’y vais piano.
L’obscurité s’installe déjà, alors qu’il n’est que 15h… faut s’habituer. Il neige toujours et avec cette nuit qui prend place, je vois de moins en moins bien ; en plaine, les camions me doublent, les voitures me doublent et c’est à chaque fois avec un peu de stress que je tente de bien garder ma droite, de ne pas toucher avec la roue avant une boursouflure de neige, une langue de glace qui me pousserait d’un coup de l’autre côté de la voie.
Vers 16h, il fait nuit noire et je ne croise plus personne. Mes phares trouent la nuit vaille que vaille, les milliers de flocons foncent vers ma visière avant de l’éviter au dernier instant, me « saoûlant » un peu. Il me faut résister à la tentation des les regarder sous peine de perdre ma trace.
Dans le noir, je me sens isolé, avec peu de repères ; juste le bruit du moteur, l’éclat de mes phares. Tout le reste est ténèbres. Il n’y a pas d’horizon. Les ténèbres me ramènent à ma finitude, à ma petitesse. Il faut un peu de courage pour y rester, pour continuer en ces contrées inconnues de moi.
J’ai toujours été fasciné par leurs effets, autant attiré par eux que mal à l’aise, désireux d’en sortir.
J’ai compris aussi que je n’arriverai pas à Tromso, pas aujourd’hui. C’est dommage, mais ce n’est pas grave.
Dans 80 km, ce sera Innvanet et je devrai pouvoir y loger. Il me faut 1H45’ pour y arriver.
On m’accueille gentiment, une jeune femme fumant sa cigarette sur le pas de la porte, me lance un « cool ! » en pointant le side.
Je couvre la machine pour la nuit, car on annonce encore des chutes de neige ; bizarrement, la température ici est de + 2°c.

Demain, il me restera 364 km pour rejoindre Tromso, dont un ferry.
Ma fille m’y a trouvé un hôtel avec garage couvert, ce qui me permettra de bricoler un peu et de faire réparer mon pneu. Je compte y rester deux - trois jours avant de poursuivre.
Je suis tenté par un détour vers les Lofoten…avant de filer au Nordkapp.
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Re: PVDM : dans les pas des aventuriers du Grand Nord (1)

Message par pvdm100358 » 04 févr. 2022, 15:19

LLN – Cap Nord Départ : 04/01/2022

J13 Innhavet (Nor) – Narvik (Nor) 16/01/2022
La météo Norvégienne s’est pliée en quatre pour moi; elle m’aura présenté toutes les variantes possibles des conditions glissantes, y compris pour ce jour, une bien désagréable : le dégel et les giboulées !!
Lorsque j’ouvre les rideaux, je découvre ébahi une pluie battante, d’immenses flaques baignent le parking et la route. Saloperie !
Mais, qu’est-ce que c’est que ce temps alors que je suis à deux cents km’s au Nord du cercle polaire, un 16 janvier !??
En petit-déjeunant, je cogite à propos des routes que je vais rencontrer ; pour sûr, ce sera casse-gueule, car il restera des plaques de glace, des « rails » entre les bandes de roulage.
Pour mes contrôles journaliers, je déplace le side après l’avoir découvert, et le mène à la station à essence située en face, question de ne pas me retrouver trempé avant même d’avoir démarré.
Le pneu arrière est plat à nouveau et je me décide à acheter une petite bombonne anti-crevaison à la première occasion, qui ne se présentera pas de sitôt, car nous sommes…dimanche.
Mon petit compresseur fait son travail et l’appoint d’huile fait, je m’équipe soigneusement et démarre.
Il fait + 4°c. (!!)
Première étape, je dois me rendre à l’embarcadère de Bognes pour prendre le ferry qui rejoint l’A6 menant à Narvik. Une cinquantaine de Km’s m’en sépare.
Au niveau de la mer, c’est le gros dégel, la grosse pluie – bien froide, la pluie -, dès que je prends de l’altitude, c’est de la neige fondante, lourde, qui colle à la visière m’obligeant à sortir régulièrement la main gauche du manchon afin de l’en débarrasser.
Je vais vous surprendre, mais ça glisse énormément ! Le plus embêtant est que je ne sais jamais dans quoi je plonge les crampons ; paquet de neige, bitume dégoulinant, bitume avec reste de glace, neige sur glace ??
C’est déroutant et demande une attention de tous les instants, j’ai beau essayer de « lire » la route, je me fais surprendre souvent. Le side tangue de gauche à droite, glisse sur ses côtés.
Sur les points hauts, il y a jusqu’à 15 cm de neige, les arbres qui bordent la route présentent des mines tristes, les branches ployant sous le poids de cet entre-deux.
J’arrive au bout d’une heure de ce pénible cheminement, au quai ; las, la partie réservée au ferry pour Narvik est en travaux ; une voiture stationne devant le départ pour une autre destination et à la question de savoir où se ranger pour celui de Narvik, le conducteur me répond qu’il n’y en a pas qui part d’ici.
Allons bon !
Il faut rejoindre Drag – 40 km – et en prendre un à cet embarcadère, le temps des travaux à Bognes.
Il semble que sur la route, j’aurais dû voir un panneau signalant cette option ; pas vu.
C’est quasi un retour à la case départ de ce matin ; en route !
A Drag, j’ai de la chance – oui, oui, ça arrive ! – le ferry est à quai et je peux embarquer directement.
Lorsque je me dirige vers le préposé pour payer, celui-ci me dit qu’il a photographié ma plaque et que je recevrai une invitation à m’en acquitter par e-mail. Ah, bon ? Mon adresse mail serait liée à mon immatriculation ? J’en apprends tous les jours.
Vingt minutes plus tard, on débarque, la température tourne maintenant autour de zéro degré, plus de pluie, mais de la grosse bouillasse de neige lourde que j’embarque sans m’en rendre compte, par paquets.
Vient un moment où je veux freiner de l’arrière et voulant lever le pied…pas moyen, il ne bouge pas !
Réalisant qu’il est pris dans une gangue de neige, je dois lever la jambe avec force pour l’en sortir ; la pédale est aussi « sous neige » et avec des mouvements de la pointe du pied, je l’en libère.
A la première station essence, il me faudra bien 10 min pour ôter toute celle accumulée entre le panier et la boîte de vitesse.
Le pneu arrière tire une drôle de tête et – chance – le magasin de la station est ouvert ; j’y trouve la bombonne recherchée et en injecte une bonne giclée dans le pneu. J’espère que cela suffira à boucher la fuite.
Je n’avance pas ; je me traîne à du 40 – 50 km/h et il me reste 330 km jusqu’à Tromso, soit plus de six heures de routes et il est déjà 13h… .
Narvik se situe, elle, à 99 km, soit, à deux bonnes heures de route.
De toute manière, je manquerai le RV avec ma fille, alors, je me décide à faire étape à Narvik ; demain, il me restera 230 km pour atteindre Tromso. Plus aucune raison de me dépêcher ou de « me faire mal ».
Je trouve facilement à me loger, et même un garage couvert pour mon side.
Je n’ai pas pris de photo, pas envie, trop moche.
Nous le savons, nous européen de l’Ouest, en saison de dégel, la nature ne sait quelle tenue adopter, elle est en guenilles.

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