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Message par JLS78 » 04 sept. 2020, 04:30

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Message par JLS78 » 06 sept. 2020, 17:08

Jour 86 Vladivostok, les amis
Debout à 4:30. J’ai décidé de faire une photo avec le pont emblématique de Vladivostok en arrière plan. On est dimanche, il ne devrait y avoir personne. J’ai juste oublié qu’il fait nuit jusqu’à 7 heures moins le quart. C’est donc une initiative des plus stupide de ma part. Je dois attendre le jour ce qui ne sera pas trop difficile vu que je vais vite me perdre entre les petites rues fermées à la circulation que mon GPS insiste à déclarer ouvertes. Et pour bien marquer le coup, Passepartout me refait le coup de la panne de batterie. Je me tape un démontage de la dite batterie et une recharge dès potron minet après avoir quand même fait ma photo.
La journée a l’air de franchement partir dans les graviers.
J’ai rendez-vous avec Elena de l’Alliance Française cet après-midi. J’en profite pour faire un petit tour avant. Je tombe à nouveau sur des animations liées au 75 ème anniversaire de la victoire de 1945. Il y a un orchestre qui joue des standards, des danseurs et des familles. Un ancêtre en uniforme de parade, le plastron couvert de tant de médailles qu’on le dirait vêtu d’une cotte de mailles fait virevolter une jeune fille de 100 ans sa cadette.
Et puis il y a surtout des véhicules militaires et civils parfaitement restaurés. Des hommes et des femmes en uniformes de la grande guerre répondent aux questions de badauds et posent pour les photos. J’avise deux side-cars De 1943 et 1948 superbement remis en état. Je suis excité comme une puce et je tourne autour en essayant d’expliquer que moi aussi je suis venu de Paris en Ural. Les faux soldats auxquels je m’adresse me regarde comme si j’étais un SDF qui leur demandait de l’argent.
Je me dis qu’après la galère de ce matin, c’est une bonne leçon d’humilité et qu’il faut que je me reprenne et continue ma ballade. Je suis encore dans le gravier.
Et puis tout va basculer d’un coup. Au moment de tourner le dos aux grands-parents de Passepartout, un type en uniforme m’interpelle.
-Françuski! françuski!
-oui, oui, c’est ça, françuski.
Comment a-t-il vu cela? Je n’ai pas dit un mot de français et je ne porte pas de teeshirt avec la tour Eiffel dessus.
Il me montre son portable, il y a mon voyage dessus sur polarsteps! Comment c’est possible, il s’appelle Anton, je ne le connais pas, il m’explique qu’il est l’ami d’un ami d’un ami que j’ai croisé dieu sait où. C’est lui qui a restauré le side-car de 1943. Il le met en route pour moi et me fait monter dessus pour faire des photos. Il se met ensuit à annoncer à la cantonade que je suis français et que je viens de Paris en Ural. On m’interpelle de partout, certains veulent faire des photos avec moi. Deux journalistes qui couvraient l’événement viennent m’interviewer. Le propriétaire de l’autre side-car, Michail, me fait aussi l’honneur de sa monture.
Je fini par quitter à regrets cette joyeuse équipe pour retrouver Elena.
Elena est une universitaire russe belle et raffinée qui connaît Vladivostok parfaitement pour y avoir toujours vécu, elle parle parfaitement le français. Sa voix est toute en douceur et en élégance. Elle me guide dans les chemins de traverse et je découvre un Vladivostok secret d’arrière-cours où trafiquants et coolis chinois menaient leur commerce plus ou moins légal en se gardant des autorités. Je prends conscience d’être dans cette ville mythique en voyant des lieux fréquentés par Joseph Kessel. Merci Elena!
Elle m’emmènera voir aussi la gare, terminus du transibérien, jumelée à celle de Marseille et la maison où est né Yul Brynner.
C’est chemin faisant que je rencontre à nouveau Michail et ses amis faux soldats. C’est reparti pour un shot de vodka, du lard et du pain. Tout le monde se serrent chaleureusement pour un photo. Et comme la chance est contagieuse, Elena va rencontrer une amie, Nisreen, une yéménite qui anime une communauté d’étrangers de Vladivostok. Elle nous invite aussitôt à une soirée dans un pub du coin.
Il y a là deux américains (Floyd et Denis), un canadien (Gabriel), un péruvien, un britannique et deux jeunes femmes russes dont l’une (Adèle) parle très bien le français.
Tous travaillent et vivent ici sauf Floyd, ancien militaire, qui a tout du grand baroudeur. Je suis aux anges, plein de nouveaux amis, on échange nos numéros de téléphone. C’est sur, on va se revoir!
Demain Sergueï vient me chercher pour amener Passepartout chez le transporteur. Il partira par le train. Les choses sérieuses sont pour demain. Aujourd’hui c’est l’amitié, les rires et les promesses fraternelles.
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Message par Est-Motorcycles » 06 sept. 2020, 17:39

JLS78 a écrit :
06 sept. 2020, 17:08
Jour 86 Vladivostok, les amis
Debout à 4:30. J’ai décidé de faire une photo avec le pont emblématique de Vladivostok en arrière plan. On est dimanche, il ne devrait y avoir personne. J’ai juste oublié qu’il fait nuit jusqu’à 7 heures moins le quart. C’est donc une initiative des plus stupide de ma part. Je dois attendre le jour ce qui ne sera pas trop difficile vu que je vais vite me perdre entre les petites rues fermées à la circulation que mon GPS insiste à déclarer ouvertes. Et pour bien marquer le coup, Passepartout me refait le coup de la panne de batterie. Je me tape un démontage de la dite batterie et une recharge dès potron minet après avoir quand même fait ma photo.
La journée a l’air de franchement partir dans les graviers.
J’ai rendez-vous avec Elena de l’Alliance Française cet après-midi. J’en profite pour faire un petit tour avant. Je tombe à nouveau sur des animations liées au 75 ème anniversaire de la victoire de 1945. Il y a un orchestre qui joue des standards, des danseurs et des familles. Un ancêtre en uniforme de parade, le plastron couvert de tant de médailles qu’on le dirait vêtu d’une cotte de mailles fait virevolter une jeune fille de 100 ans sa cadette.
Et puis il y a surtout des véhicules militaires et civils parfaitement restaurés. Des hommes et des femmes en uniformes de la grande guerre répondent aux questions de badauds et posent pour les photos. J’avise deux side-cars De 1943 et 1948 superbement remis en état. Je suis excité comme une puce et je tourne autour en essayant d’expliquer que moi aussi je suis venu de Paris en Ural. Les faux soldats auxquels je m’adresse me regarde comme si j’étais un SDF qui leur demandait de l’argent.
Je me dis qu’après la galère de ce matin, c’est une bonne leçon d’humilité et qu’il faut que je me reprenne et continue ma ballade. Je suis encore dans le gravier.
Et puis tout va basculer d’un coup. Au moment de tourner le dos aux grands-parents de Passepartout, un type en uniforme m’interpelle.
-Françuski! françuski!
-oui, oui, c’est ça, françuski.
Comment a-t-il vu cela? Je n’ai pas dit un mot de français et je ne porte pas de teeshirt avec la tour Eiffel dessus.
Il me montre son portable, il y a mon voyage dessus sur polarsteps! Comment c’est possible, il s’appelle Anton, je ne le connais pas, il m’explique qu’il est l’ami d’un ami d’un ami que j’ai croisé dieu sait où. C’est lui qui a restauré le side-car de 1943. Il le met en route pour moi et me fait monter dessus pour faire des photos. Il se met ensuit à annoncer à la cantonade que je suis français et que je viens de Paris en Ural. On m’interpelle de partout, certains veulent faire des photos avec moi. Deux journalistes qui couvraient l’événement viennent m’interviewer. Le propriétaire de l’autre side-car, Michail, me fait aussi l’honneur de sa monture.
Je fini par quitter à regrets cette joyeuse équipe pour retrouver Elena.
Elena est une universitaire russe belle et raffinée qui connaît Vladivostok parfaitement pour y avoir toujours vécu, elle parle parfaitement le français. Sa voix est toute en douceur et en élégance. Elle me guide dans les chemins de traverse et je découvre un Vladivostok secret d’arrière-cours où trafiquants et coolis chinois menaient leur commerce plus ou moins légal en se gardant des autorités. Je prends conscience d’être dans cette ville mythique en voyant des lieux fréquentés par Joseph Kessel. Merci Elena!
Elle m’emmènera voir aussi la gare, terminus du transibérien, jumelée à celle de Marseille et la maison où est né Yul Brynner.
C’est chemin faisant que je rencontre à nouveau Michail et ses amis faux soldats. C’est reparti pour un shot de vodka, du lard et du pain. Tout le monde se serrent chaleureusement pour un photo. Et comme la chance est contagieuse, Elena va rencontrer une amie, Nisreen, une yéménite qui anime une communauté d’étrangers de Vladivostok. Elle nous invite aussitôt à une soirée dans un pub du coin.
Il y a là deux américains (Floyd et Denis), un canadien (Gabriel), un péruvien, un britannique et deux jeunes femmes russes dont l’une (Adèle) parle très bien le français.
Tous travaillent et vivent ici sauf Floyd, ancien militaire, qui a tout du grand baroudeur. Je suis aux anges, plein de nouveaux amis, on échange nos numéros de téléphone. C’est sur, on va se revoir!
Demain Sergueï vient me chercher pour amener Passepartout chez le transporteur. Il partira par le train. Les choses sérieuses sont pour demain. Aujourd’hui c’est l’amitié, les rires et les promesses fraternelles.
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Rencontres avec le coeur de l'histoire de la Russie, avec sa culture, avec son présent, je suis tellement heureux pour toi, qui montre aussi à tous que le chemin en vaut la peine, que les surprises sont au delà de nos espérances, que la vie est magnifique.
Courage à toi pour le retour de Passepartout et merci de nous tenir au courant "dans le fil", c'est comme si nous y étions.
Ton périple a tranché une de mes décisions pour 2021 : ce sera la Russie que je n'ai pu cheminer cette année à grands regrets, c'est pourquoi je suis vraiment heureux que tu aies pu le faire et que, j'en suis sûr, tu ne rentres pas...
http://www.est-motorcycles.fr/
Une petite vie de concessionnaire URAL en Auvergne.
Est-Motorcycles : affineurs d'Urals et pourvoyeur d'aventure. Inventeur.
La dictature, fut-elle "sanitaire", n'en est pas moins une dictature de plus.
A 71 ans, je dois présenter à tout flic qui m'interpelle comme un chien un mot lui présentant mon heure de sortie. Au secours !

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Re: CoronaTour

Message par Omar_Cello » 06 sept. 2020, 17:40

JLS78 a écrit :
06 sept. 2020, 17:08
Jour 86 Vladivostok, les amis
Debout à 4:30. J’ai décidé de faire une photo avec le pont emblématique de Vladivostok en arrière plan. On est dimanche, il ne devrait y avoir personne. J’ai juste oublié qu’il fait nuit jusqu’à 7 heures moins le quart. C’est donc une initiative des plus stupide de ma part. Je dois attendre le jour ce qui ne sera pas trop difficile vu que je vais vite me perdre entre les petites rues fermées à la circulation que mon GPS insiste à déclarer ouvertes. Et pour bien marquer le coup, Passepartout me refait le coup de la panne de batterie. Je me tape un démontage de la dite batterie et une recharge dès potron minet après avoir quand même fait ma photo.
La journée a l’air de franchement partir dans les graviers.
J’ai rendez-vous avec Elena de l’Alliance Française cet après-midi. J’en profite pour faire un petit tour avant. Je tombe à nouveau sur des animations liées au 75 ème anniversaire de la victoire de 1945. Il y a un orchestre qui joue des standards, des danseurs et des familles. Un ancêtre en uniforme de parade, le plastron couvert de tant de médailles qu’on le dirait vêtu d’une cotte de mailles fait virevolter une jeune fille de 100 ans sa cadette.
Et puis il y a surtout des véhicules militaires et civils parfaitement restaurés. Des hommes et des femmes en uniformes de la grande guerre répondent aux questions de badauds et posent pour les photos. J’avise deux side-cars De 1943 et 1948 superbement remis en état. Je suis excité comme une puce et je tourne autour en essayant d’expliquer que moi aussi je suis venu de Paris en Ural. Les faux soldats auxquels je m’adresse me regarde comme si j’étais un SDF qui leur demandait de l’argent.
Je me dis qu’après la galère de ce matin, c’est une bonne leçon d’humilité et qu’il faut que je me reprenne et continue ma ballade. Je suis encore dans le gravier.
Et puis tout va basculer d’un coup. Au moment de tourner le dos aux grands-parents de Passepartout, un type en uniforme m’interpelle.
-Françuski! françuski!
-oui, oui, c’est ça, françuski.
Comment a-t-il vu cela? Je n’ai pas dit un mot de français et je ne porte pas de teeshirt avec la tour Eiffel dessus.
Il me montre son portable, il y a mon voyage dessus sur polarsteps! Comment c’est possible, il s’appelle Anton, je ne le connais pas, il m’explique qu’il est l’ami d’un ami d’un ami que j’ai croisé dieu sait où. C’est lui qui a restauré le side-car de 1943. Il le met en route pour moi et me fait monter dessus pour faire des photos. Il se met ensuit à annoncer à la cantonade que je suis français et que je viens de Paris en Ural. On m’interpelle de partout, certains veulent faire des photos avec moi. Deux journalistes qui couvraient l’événement viennent m’interviewer. Le propriétaire de l’autre side-car, Michail, me fait aussi l’honneur de sa monture.
Je fini par quitter à regrets cette joyeuse équipe pour retrouver Elena.
Elena est une universitaire russe belle et raffinée qui connaît Vladivostok parfaitement pour y avoir toujours vécu, elle parle parfaitement le français. Sa voix est toute en douceur et en élégance. Elle me guide dans les chemins de traverse et je découvre un Vladivostok secret d’arrière-cours où trafiquants et coolis chinois menaient leur commerce plus ou moins légal en se gardant des autorités. Je prends conscience d’être dans cette ville mythique en voyant des lieux fréquentés par Joseph Kessel. Merci Elena!
Elle m’emmènera voir aussi la gare, terminus du transibérien, jumelée à celle de Marseille et la maison où est né Yul Brynner.
C’est chemin faisant que je rencontre à nouveau Michail et ses amis faux soldats. C’est reparti pour un shot de vodka, du lard et du pain. Tout le monde se serrent chaleureusement pour un photo. Et comme la chance est contagieuse, Elena va rencontrer une amie, Nisreen, une yéménite qui anime une communauté d’étrangers de Vladivostok. Elle nous invite aussitôt à une soirée dans un pub du coin.
Il y a là deux américains (Floyd et Denis), un canadien (Gabriel), un péruvien, un britannique et deux jeunes femmes russes dont l’une (Adèle) parle très bien le français.
Tous travaillent et vivent ici sauf Floyd, ancien militaire, qui a tout du grand baroudeur. Je suis aux anges, plein de nouveaux amis, on échange nos numéros de téléphone. C’est sur, on va se revoir!
Demain Sergueï vient me chercher pour amener Passepartout chez le transporteur. Il partira par le train. Les choses sérieuses sont pour demain. Aujourd’hui c’est l’amitié, les rires et les promesses fraternelles.
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Les moments magiques et privilégiés dans une vie, c'est exactement ça.
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Re: CoronaTour

Message par JLS78 » 07 sept. 2020, 14:53

Jour 87 Vladivostok, mise en boîte
C’est le grand jour. Celui de la séparation. Je vais emmener mon fidèle Passepartout dans l’entreprise de fret pour sa mise en caisse. Je dois le laisser là-bas. Ils transporteront ensuite la caisse à la gare pour son retour en train à Moscou. Sergueï, l’homme pressé, doit venir à 10 heures pour m’escorter, m’aider à faire les papiers et veiller au bon déroulement des opérations.
Au réveil il pleut déjà des cordes et on attend une nouvelle tempête pour ce soir et demain. J’avoue que j’ai un peu l’estomac serré. Quitter ma machine, la confier à Dieu sait qui, tout ça sous une pluie serrée et grise. L’elan du voyage en est momentanément brisé, l’ivresse de demain s’est, ce matin, transformée en gueule de bois.
A 10 heures tapantes, Sergueï est devant l’hôtel et nous partons vers la boîte de transport. Lui dans sa petite voiture japonaise (avec le volant à droite comme beaucoup) et moi sur mon Ural. Le trajet est court mais suffisant pour que je profite un maximum des taquineries de la pluie battante. Buée dans le casque, eau qui glisse le long du cou et tout le reste. Sur le chemin je rassure mon ami mécanique. Ce n’est qu’une brève séparation.
Arrivée sur place, je découvre une petite cour avec des conteneurs maritimes en guise d’ateliers et de bureaux. Des stock de bois partout et déjà une demi-douzaine de motos en cours d’emballage. 4 employés Ouzbeks s’affairent à la tache sous la pluie. Tandis qu’autant de jeunes femmes travaillent dans un minuscule bureau. Le patron, lui est russe, il vient nous saluer.
On commence par la paperasse et le paiement. Sergueï a compris que j’étais stressé par les délais. Il me répète plusieurs fois que Passepartout partira le 9 et devrait être à Moscou entre le 20 et le 22. Il a contacté Vassily que j’avais rencontré sur la route. Il m’aidera à Moscou pour récupérer Passepartout.
Je commence à me rendre compte que je me suis trompé sur Sergueï. Il n’est pas pressé mais d’une efficacité toute militaire. Il se révèle amicale et particulièrement attentif à la bonne execution de notre affaire. C’est un retraité de l’armée russe qui a pu partir à 58 ans. Il a 3 motos et à déjà fait de longs voyages en Europe au départ de Moscou. Ce n’est pas un intermédiaire, c’est un « grand frère » pour ses amis motards.
La matinée se passe a regarder la mise en caisse de Passepartout. Ce sont des pros, ils font une demi-douzaine de motos par jour. En fait, ils construisent la caisse autour de la machine. J’avoue qu’ils galèrent un peu avec le side, lourd, large, inhabituel. Ils devront s’y reprendre à deux fois. Le patron lui-même participe et supervise. Le travail se termine vers 14 heures.
Intérieurement je fais mon mea culpa. J’ai mal jugé Sergueï, mon anxiété m’a porté à vérifier le sérieux de l’entreprise et de l’homme. Je prends conscience que ce que j’ai pris pour de l’impatience n’est que le fait que pour eux c’est une opération simple, banale, quotidienne. Ils ne peuvent passer des heures à rassurer tous ceux qui envoie leur machine à l’autre bout de la Russie. Pour moi c’est une expérience nouvelle et anxiogène. Ce gap, comme la pluie de ce matin sur ma visière, m’a obscurci les sens.
De retour à l’hôtel, je me sens bien et je pars fêter ça dans un bon restaurant en chantonnant comme de juste « singing in the rain ».
Le reste de la journée se passera en une longue sieste, comme si les 16,000 km de route s’abattraient sur moi à cet instant précis.
Denis (l’américain rencontré hier) m’envoie un message en fin de journée. Nous nous reverrons mercredi après la tempête de demain.
Bon voyage Passepartout, nous nous retrouverons bientôt.
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Re: CoronaTour

Message par Est-Motorcycles » 07 sept. 2020, 21:02

JLS78 a écrit :
07 sept. 2020, 14:53
Jour 87 Vladivostok, mise en boîte
C’est le grand jour. Celui de la séparation. Je vais emmener mon fidèle Passepartout dans l’entreprise de fret pour sa mise en caisse. Je dois le laisser là-bas. Ils transporteront ensuite la caisse à la gare pour son retour en train à Moscou. Sergueï, l’homme pressé, doit venir à 10 heures pour m’escorter, m’aider à faire les papiers et veiller au bon déroulement des opérations.
Au réveil il pleut déjà des cordes et on attend une nouvelle tempête pour ce soir et demain. J’avoue que j’ai un peu l’estomac serré. Quitter ma machine, la confier à Dieu sait qui, tout ça sous une pluie serrée et grise. L’elan du voyage en est momentanément brisé, l’ivresse de demain s’est, ce matin, transformée en gueule de bois.
A 10 heures tapantes, Sergueï est devant l’hôtel et nous partons vers la boîte de transport. Lui dans sa petite voiture japonaise (avec le volant à droite comme beaucoup) et moi sur mon Ural. Le trajet est court mais suffisant pour que je profite un maximum des taquineries de la pluie battante. Buée dans le casque, eau qui glisse le long du cou et tout le reste. Sur le chemin je rassure mon ami mécanique. Ce n’est qu’une brève séparation.
Arrivée sur place, je découvre une petite cour avec des conteneurs maritimes en guise d’ateliers et de bureaux. Des stock de bois partout et déjà une demi-douzaine de motos en cours d’emballage. 4 employés Ouzbeks s’affairent à la tache sous la pluie. Tandis qu’autant de jeunes femmes travaillent dans un minuscule bureau. Le patron, lui est russe, il vient nous saluer.
On commence par la paperasse et le paiement. Sergueï a compris que j’étais stressé par les délais. Il me répète plusieurs fois que Passepartout partira le 9 et devrait être à Moscou entre le 20 et le 22. Il a contacté Vassily que j’avais rencontré sur la route. Il m’aidera à Moscou pour récupérer Passepartout.
Je commence à me rendre compte que je me suis trompé sur Sergueï. Il n’est pas pressé mais d’une efficacité toute militaire. Il se révèle amicale et particulièrement attentif à la bonne execution de notre affaire. C’est un retraité de l’armée russe qui a pu partir à 58 ans. Il a 3 motos et à déjà fait de longs voyages en Europe au départ de Moscou. Ce n’est pas un intermédiaire, c’est un « grand frère » pour ses amis motards.
La matinée se passe a regarder la mise en caisse de Passepartout. Ce sont des pros, ils font une demi-douzaine de motos par jour. En fait, ils construisent la caisse autour de la machine. J’avoue qu’ils galèrent un peu avec le side, lourd, large, inhabituel. Ils devront s’y reprendre à deux fois. Le patron lui-même participe et supervise. Le travail se termine vers 14 heures.
Intérieurement je fais mon mea culpa. J’ai mal jugé Sergueï, mon anxiété m’a porté à vérifier le sérieux de l’entreprise et de l’homme. Je prends conscience que ce que j’ai pris pour de l’impatience n’est que le fait que pour eux c’est une opération simple, banale, quotidienne. Ils ne peuvent passer des heures à rassurer tous ceux qui envoie leur machine à l’autre bout de la Russie. Pour moi c’est une expérience nouvelle et anxiogène. Ce gap, comme la pluie de ce matin sur ma visière, m’a obscurci les sens.
De retour à l’hôtel, je me sens bien et je pars fêter ça dans un bon restaurant en chantonnant comme de juste « singing in the rain ».
Le reste de la journée se passera en une longue sieste, comme si les 16,000 km de route s’abattraient sur moi à cet instant précis.
Denis (l’américain rencontré hier) m’envoie un message en fin de journée. Nous nous reverrons mercredi après la tempête de demain.
Bon voyage Passepartout, nous nous retrouverons bientôt.
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AÏe aïe aïe là ça pique très fort. Je te tire mon chapeau car je serais incapable de vivre ça. Il me semble impossible de me séparer de Babouchkaïa mais ta situation est très différente d'une grosse panne. Franchement je te plains, c'est un moment très difficile à passer pour toi mais peut-être trouveras-tu la force de le surmonter sans trop de difficultés intérieures par le fait de ce que tu as déjà vécu et de ce que tu continuer à vivre avec Passepartout.
Pour le coup de la grosse sieste je ne l'ai pas dit dans le voyage là-haut mais lorsque je suis arrivé à destination, après avoir quitté les tracas et cette "Europe", j'ai dormi quasi non stop pendant 3 jours...comme libéré.
Ne sois pas triste, demain est demain. Certes le coup est rude.
Aussi bravo pour ton attitude avec Sergueï. Là aussi complètement perdu à 700 kils d'Irbit je devais changer de l'argent et je refusais d'être aidé par un autochtone. J'étais stupide par cette habitude du manque de la confiance mal placé.
Courage à toi Omar, continue de nous tenir au courant dès que tu peux et si tu le veux, c'est important pour nous.

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Vilo explosé au nord de l'Ecosse en 2016, impossible d'appeler Europe Assistance et de laisser Babouchkaïa. Une semaine à crever seul dans un hangar qui prenait l'eau, avec peu d'outils et une pluie froide non stop pendant huit jours. J'ai chialé ma Mère...
Mais franchement, ta situation est très différente, elle serait pour moi insupportable et je serais bien obligé de l'accepter si j'étais à ta place...
Oui, courage à toi !
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Re: CoronaTour

Message par JLS78 » 08 sept. 2020, 05:50

Merci Dan pour tes encouragements qui me sont précieux. Je n’ai pas ton intégrité mécanique mais je me suis attaché à mon compagnon de fer. L’aurais-je abandonné, les entrailles à l’air dans un entrepôt grand-breton? Je ne saurais le dire.
En tout cas chapeaux bas! Pour moi, tu incarnes Ural, tu es Ural.

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Re: CoronaTour

Message par Est-Motorcycles » 08 sept. 2020, 21:03

JLS78 a écrit :
08 sept. 2020, 05:50
Merci Dan pour tes encouragements qui me sont précieux. Je n’ai pas ton intégrité mécanique mais je me suis attaché à mon compagnon de fer. L’aurais-je abandonné, les entrailles à l’air dans un entrepôt grand-breton? Je ne saurais le dire.
En tout cas chapeaux bas! Pour moi, tu incarnes Ural, tu es Ural.
:oops: :oops:
Je ne sais pas faire autre chose...
Ma visite et formation à Irbit en 2005 m'a tellement marquée - une semaine sur place dans les ateliers...c'était la fois où je suis revenu avec la décision de devenir concessionnaire de la marque. Mais, voyant une vieille babouchka pousser un chariot plein de pièces, elle m'invectiva et, avec un regard dont la force et la profondeur est rare ici, elle me dit (après traduction) : " dites bien aux motards qui sont à l'autre bout de l'Europe et qui achètent nos side-cars que nous travaillons ici avec presque rien mais avec amour, afin qu'ils prennent soin de notre travail".
Ces paroles m'avaient bouleversé, elles m'ont tout simplement montré la direction d'une sorte d'éthique.
Je lui ai promis que je n'oublierai jamais et c'est pourquoi les mômes pleins de fric qui cassent les Ural n'entrent pas chez moi, c'est pourquoi je les répare avec amour alors que souvent elles me font ch... par leurs défauts, c'est pourquoi ce que tu fais entre dans ce cadre de la Marque qui est ma vie.

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Re: CoronaTour

Message par JLS78 » 09 sept. 2020, 15:42

Jour 89 Vladivostok. Si loin, si proche.
Denis viens me chercher à midi. Nous allons visiter Russky island. Je profite de mon temps ce matin pour préparer la suite. Acheter un billet d’avion pour Moscou, reserver des hôtels. Logistique...
Midi, Denis est là dans sa Nissan avec le volant à droite comme 90% des véhicules ici. Nous partons pour Russky island. Denis, c’est un américain de 5 ans mon aîné. Il est arrivé ici en 92, en pleine pagaille; implosion de l’URSS, guerre des gangs pour s’attribuer le gâteau laisser par l’état en pleine décomposition. Violence, crimes, instabilité. Il a douté, failli repartir, visiter les églises pour chercher une aide spirituelle et puis... Lena, il tombe amoureux se marie. Je vous ai dit que les femmes ici sont très belles. Ils ont une fille, il trouve un travail. Il devient russe, il est russe!
Nous filons dans sa Nissan sur Russky island. Deux ponts à haubans, magnifiques, collection de superlatifs, en partie faits par des français. Poutine a exigé qu’ils doit terminés pour 2012, la première année où la Russie accueille le sommet de la zone économique du pacifique.
Il aura lieu tous les ans sur le campus de l’université dans l’île Russky. C’est là que Nisreen nous attend. Elle travaille ici. Elle est là, belle, radieuse, heureuse de nous montrer son monde.
Comme nous allons à sa rencontre, je prends conscience de ce que Denis fait pour moi. Il a un problème aux genoux et très vite les quelques centaines de mètres jusqu’au campus deviennent souffrance. Il nous attendra sur un banc. Nisreen m’emmène visiter le campus. L’endroit est très moderne, magnifiquement entretenu et superbement équipé. Il accueille une fois par an 5 chefs d’états et leur délégation. La Russie drague les pays asiatiques. Ils ont raison, par une pirouette dont seule l’histoire a le secret, le centre du monde s’est déplacé dans le pacifique. Garde-toi vieille Europe, ton temps s’en va.
Les bâtiments sont espacés avec de larges espaces verts. Il y a une plage en contre-bas. Tout ici respire le calme et la sérénité.
Chemin faisant, Nisreen se raconte. Elle es yéménite, elle a quitté son pays en guerre en 2015. A force de travail, d’intelligence de résilience, elle a obtenu un job ici et le permis de résidence qui va avec. Je ne peux m’empêcher de penser que l’aventure c’est elle et pas une voyage aussi long soit-t-il. De même qu’il y a une séparation nette entre vacances et voyage dans mon esprit, il en existe une autre tout aussi nette entre voyage et aventure. Le mot est galvaudé par les tour opérateurs et les magasines. L’aventure reste bien au-delà de nos voyages. Elle ne se montre que lorsque que le chemin du retour disparaît à jamais.
Je reste un moment ému par ce destin à peine croisé. Il nous faut repartir.
Denis m’emmènera visiter un cimetière où sont enterrés les soldats étrangers morts en 1918 et 1919. Décidément, tout me ramène à Kessel! Une église catholique ensuite. Là encore, une histoire marquée par l’année 1919 et ces volontaires étrangers qui contribueront à sa réfection. Kessel encore.
La journée courre sous un ciel bleu d’azur, je ne peux me résoudre à laisser Denis. Nous irons dîner avec sa femme Liena dans le meilleur restaurant de la ville. Nous mangerons du crabe géant arrosé au Chablis de France. Le vin nous rendra la légèreté que l’age nous enlève.
C’est si facile quand on est voyageur, seul de surcroît. Un sourire emporte tout. Nul n’a peur de vous. Personne ne se sent engagé. Vous êtes comme un oiseau qui passe au-dessus des têtes. L’on regarde et l’on dit « quel bel oiseau ». On sait que l’on n’aura pas à le nourrir indéfiniment. Quelle différence avec une vie de Nisreen où chaque amitié est une conquête.
Je n’ai que le meilleur, Dieu me préserve de cette ivresse!
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Re: CoronaTour

Message par Est-Motorcycles » 09 sept. 2020, 16:46

JLS78 a écrit :
09 sept. 2020, 15:42
Jour 89 Vladivostok. Si loin, si proche.
Denis viens me chercher à midi. Nous allons visiter Russky island. Je profite de mon temps ce matin pour préparer la suite. Acheter un billet d’avion pour Moscou, reserver des hôtels. Logistique...
Midi, Denis est là dans sa Nissan avec le volant à droite comme 90% des véhicules ici. Nous partons pour Russky island. Denis, c’est un américain de 5 ans mon aîné. Il est arrivé ici en 92, en pleine pagaille; implosion de l’URSS, guerre des gangs pour s’attribuer le gâteau laisser par l’état en pleine décomposition. Violence, crimes, instabilité. Il a douté, failli repartir, visiter les églises pour chercher une aide spirituelle et puis... Lena, il tombe amoureux se marie. Je vous ai dit que les femmes ici sont très belles. Ils ont une fille, il trouve un travail. Il devient russe, il est russe!
Nous filons dans sa Nissan sur Russky island. Deux ponts à haubans, magnifiques, collection de superlatifs, en partie faits par des français. Poutine a exigé qu’ils doit terminés pour 2012, la première année où la Russie accueille le sommet de la zone économique du pacifique.
Il aura lieu tous les ans sur le campus de l’université dans l’île Russky. C’est là que Nisreen nous attend. Elle travaille ici. Elle est là, belle, radieuse, heureuse de nous montrer son monde.
Comme nous allons à sa rencontre, je prends conscience de ce que Denis fait pour moi. Il a un problème aux genoux et très vite les quelques centaines de mètres jusqu’au campus deviennent souffrance. Il nous attendra sur un banc. Nisreen m’emmène visiter le campus. L’endroit est très moderne, magnifiquement entretenu et superbement équipé. Il accueille une fois par an 5 chefs d’états et leur délégation. La Russie drague les pays asiatiques. Ils ont raison, par une pirouette dont seule l’histoire a le secret, le centre du monde s’est déplacé dans le pacifique. Garde-toi vieille Europe, ton temps s’en va.
Les bâtiments sont espacés avec de larges espaces verts. Il y a une plage en contre-bas. Tout ici respire le calme et la sérénité.
Chemin faisant, Nisreen se raconte. Elle es yéménite, elle a quitté son pays en guerre en 2015. A force de travail, d’intelligence de résilience, elle a obtenu un job ici et le permis de résidence qui va avec. Je ne peux m’empêcher de penser que l’aventure c’est elle et pas une voyage aussi long soit-t-il. De même qu’il y a une séparation nette entre vacances et voyage dans mon esprit, il en existe une autre tout aussi nette entre voyage et aventure. Le mot est galvaudé par les tour opérateurs et les magasines. L’aventure reste bien au-delà de nos voyages. Elle ne se montre que lorsque que le chemin du retour disparaît à jamais.
Je reste un moment ému par ce destin à peine croisé. Il nous faut repartir.
Denis m’emmènera visiter un cimetière où sont enterrés les soldats étrangers morts en 1918 et 1919. Décidément, tout me ramène à Kessel! Une église catholique ensuite. Là encore, une histoire marquée par l’année 1919 et ces volontaires étrangers qui contribueront à sa réfection. Kessel encore.
La journée courre sous un ciel bleu d’azur, je ne peux me résoudre à laisser Denis. Nous irons dîner avec sa femme Liena dans le meilleur restaurant de la ville. Nous mangerons du crabe géant arrosé au Chablis de France. Le vin nous rendra la légèreté que l’age nous enlève.
C’est si facile quand on est voyageur, seul de surcroît. Un sourire emporte tout. Nul n’a peur de vous. Personne ne se sent engagé. Vous êtes comme un oiseau qui passe au-dessus des têtes. L’on regarde et l’on dit « quel bel oiseau ». On sait que l’on n’aura pas à le nourrir indéfiniment. Quelle différence avec une vie de Nisreen où chaque amitié est une conquête.
Je n’ai que le meilleur, Dieu me préserve de cette ivresse!
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Il n'y a rien à ajouter ni à commenter à la suite de ce texte magistral.
En plus tu as mangé du king crabe...là tu es définitivement mort au monde...
http://www.est-motorcycles.fr/
Une petite vie de concessionnaire URAL en Auvergne.
Est-Motorcycles : affineurs d'Urals et pourvoyeur d'aventure. Inventeur.
La dictature, fut-elle "sanitaire", n'en est pas moins une dictature de plus.
A 71 ans, je dois présenter à tout flic qui m'interpelle comme un chien un mot lui présentant mon heure de sortie. Au secours !

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Re: CoronaTour

Message par HOURAL 02 » 09 sept. 2020, 18:44

Jean-Louis bonjour.
Je te suis avec beaucoup d'intérêt. J'ai possédé plusieurs motos dont un URAL de 2005 préparé et soigné avec toutes les attentions de Dan et Valérie. Aujourd'hui, Titi a repris mon URAL; je roule de temps en temps avec l'HARLEY de mon beau-fils, 1340 de 1995. Mais mes 70 ans approchant, je commence à la trouver un peu "lourde".
Quand je lis les récits de Dan, de Gérard (Zorgol) ainsi que Charles (le Suisse) et maintenant le tien, et j'en oublie d'autres bien sûr, je suis subjugué, fasciné, envoûté et chapeau bien bas ...
Je suis membre actif du T90 et malgré plusieurs échecs je ne désespère pas que le travail de Dan sera un jour reconnu.
Tout ça pour te dire que quotidiennement je lis le forum mais c'est vrai, je réponds rarement ...
Aujourd'hui, je m'interroge sur la fin de ton aventure; j'espérais pouvoir avec toi traverser le Japon, l'Australie, les Etats-Unis, etc ...
J'ai certainement loupé quelques discussions, mais pourquoi cet arrêt, ce retour sur Moscou sans Passe-partout ? si ce n'est pas trop indiscret !
Bon retour sur Moscou et comme dit Dan lors de ses différents voyages : nous partons loup noir et nous revenons loup blanc (transfiguré et ressuscité par les rencontres humanistes).
Au plaisir de te rencontrer un jour.
Didier

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Marip
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Re: CoronaTour

Message par Marip » 09 sept. 2020, 22:47

JLS78 a écrit :
09 sept. 2020, 15:42
Jour 89 Vladivostok. Si loin, si proche.
Denis viens me chercher à midi. Nous allons visiter Russky island. Je profite de mon temps ce matin pour préparer la suite. Acheter un billet d’avion pour Moscou, reserver des hôtels. Logistique...
Midi, Denis est là dans sa Nissan avec le volant à droite comme 90% des véhicules ici. Nous partons pour Russky island. Denis, c’est un américain de 5 ans mon aîné. Il est arrivé ici en 92, en pleine pagaille; implosion de l’URSS, guerre des gangs pour s’attribuer le gâteau laisser par l’état en pleine décomposition. Violence, crimes, instabilité. Il a douté, failli repartir, visiter les églises pour chercher une aide spirituelle et puis... Lena, il tombe amoureux se marie. Je vous ai dit que les femmes ici sont très belles. Ils ont une fille, il trouve un travail. Il devient russe, il est russe!
Nous filons dans sa Nissan sur Russky island. Deux ponts à haubans, magnifiques, collection de superlatifs, en partie faits par des français. Poutine a exigé qu’ils doit terminés pour 2012, la première année où la Russie accueille le sommet de la zone économique du pacifique.
Il aura lieu tous les ans sur le campus de l’université dans l’île Russky. C’est là que Nisreen nous attend. Elle travaille ici. Elle est là, belle, radieuse, heureuse de nous montrer son monde.
Comme nous allons à sa rencontre, je prends conscience de ce que Denis fait pour moi. Il a un problème aux genoux et très vite les quelques centaines de mètres jusqu’au campus deviennent souffrance. Il nous attendra sur un banc. Nisreen m’emmène visiter le campus. L’endroit est très moderne, magnifiquement entretenu et superbement équipé. Il accueille une fois par an 5 chefs d’états et leur délégation. La Russie drague les pays asiatiques. Ils ont raison, par une pirouette dont seule l’histoire a le secret, le centre du monde s’est déplacé dans le pacifique. Garde-toi vieille Europe, ton temps s’en va.
Les bâtiments sont espacés avec de larges espaces verts. Il y a une plage en contre-bas. Tout ici respire le calme et la sérénité.
Chemin faisant, Nisreen se raconte. Elle es yéménite, elle a quitté son pays en guerre en 2015. A force de travail, d’intelligence de résilience, elle a obtenu un job ici et le permis de résidence qui va avec. Je ne peux m’empêcher de penser que l’aventure c’est elle et pas une voyage aussi long soit-t-il. De même qu’il y a une séparation nette entre vacances et voyage dans mon esprit, il en existe une autre tout aussi nette entre voyage et aventure. Le mot est galvaudé par les tour opérateurs et les magasines. L’aventure reste bien au-delà de nos voyages. Elle ne se montre que lorsque que le chemin du retour disparaît à jamais.
Je reste un moment ému par ce destin à peine croisé. Il nous faut repartir.
Denis m’emmènera visiter un cimetière où sont enterrés les soldats étrangers morts en 1918 et 1919. Décidément, tout me ramène à Kessel! Une église catholique ensuite. Là encore, une histoire marquée par l’année 1919 et ces volontaires étrangers qui contribueront à sa réfection. Kessel encore.
La journée courre sous un ciel bleu d’azur, je ne peux me résoudre à laisser Denis. Nous irons dîner avec sa femme Liena dans le meilleur restaurant de la ville. Nous mangerons du crabe géant arrosé au Chablis de France. Le vin nous rendra la légèreté que l’age nous enlève.
C’est si facile quand on est voyageur, seul de surcroît. Un sourire emporte tout. Nul n’a peur de vous. Personne ne se sent engagé. Vous êtes comme un oiseau qui passe au-dessus des têtes. L’on regarde et l’on dit « quel bel oiseau ». On sait que l’on n’aura pas à le nourrir indéfiniment. Quelle différence avec une vie de Nisreen où chaque amitié est une conquête.
Je n’ai que le meilleur, Dieu me préserve de cette ivresse!
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Un énorme merci pour cette simplicité et ta sincérité qui nous emmènent dans un rêve. On rêve d'aller en Russie et maintenant le pari c'est d'y arriver ! :D
c'est pas parcequ'ils disent tous la même chose qu'ils ont raison

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Re: CoronaTour

Message par Zorgol94 » 10 sept. 2020, 00:18

Salut Jean-Louis,
Ton aventure est vraiment fantastique et en fait rêver plus d'un. Merci pour ton reportage.
Une question pourquoi as-tu choisi l'avion que le transsibérien pour le retour sur Moscou ?
Lors de notre voyage à Irbit avec Laurie, j'avais apprécié le retour en transsibérien sur St Pet, ce fut une total Russe mais de Vladivostock ça fait peut-être trop longtemps ?
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Re: CoronaTour

Message par JLS78 » 10 sept. 2020, 06:38

Zorgol94 a écrit :
10 sept. 2020, 00:18
Salut Jean-Louis,
Ton aventure est vraiment fantastique et en fait rêver plus d'un. Merci pour ton reportage.
Une question pourquoi as-tu choisi l'avion que le transsibérien pour le retour sur Moscou ?
Lors de notre voyage à Irbit avec Laurie, j'avais apprécié le retour en transsibérien sur St Pet, ce fut une total Russe mais de Vladivostock ça fait peut-être trop longtemps ?
Bonjour,
J’avais effectivement pensé à prendre le transibérien (7 jours) mais je me suis fait des amis ici et j’ai plein de choses à voir à Moscou que je n’ai pas eu le temps de visiter à l’aller. Par ailleurs, j’ai déjà bien profité des paysages de la Sibérie. Du coup le choix s’imposait de lui-même.
Amicalement,
Jean-Louis

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Re: CoronaTour

Message par pvdm100358 » 10 sept. 2020, 09:40

JLS78 a écrit :
09 sept. 2020, 15:42
Jour 89 Vladivostok. Si loin, si proche.
Denis viens me chercher à midi. Nous allons visiter Russky island. Je profite de mon temps ce matin pour préparer la suite. Acheter un billet d’avion pour Moscou, reserver des hôtels. Logistique...
Midi, Denis est là dans sa Nissan avec le volant à droite comme 90% des véhicules ici. Nous partons pour Russky island. Denis, c’est un américain de 5 ans mon aîné. Il est arrivé ici en 92, en pleine pagaille; implosion de l’URSS, guerre des gangs pour s’attribuer le gâteau laisser par l’état en pleine décomposition. Violence, crimes, instabilité. Il a douté, failli repartir, visiter les églises pour chercher une aide spirituelle et puis... Lena, il tombe amoureux se marie. Je vous ai dit que les femmes ici sont très belles. Ils ont une fille, il trouve un travail. Il devient russe, il est russe!
Nous filons dans sa Nissan sur Russky island. Deux ponts à haubans, magnifiques, collection de superlatifs, en partie faits par des français. Poutine a exigé qu’ils doit terminés pour 2012, la première année où la Russie accueille le sommet de la zone économique du pacifique.
Il aura lieu tous les ans sur le campus de l’université dans l’île Russky. C’est là que Nisreen nous attend. Elle travaille ici. Elle est là, belle, radieuse, heureuse de nous montrer son monde.
Comme nous allons à sa rencontre, je prends conscience de ce que Denis fait pour moi. Il a un problème aux genoux et très vite les quelques centaines de mètres jusqu’au campus deviennent souffrance. Il nous attendra sur un banc. Nisreen m’emmène visiter le campus. L’endroit est très moderne, magnifiquement entretenu et superbement équipé. Il accueille une fois par an 5 chefs d’états et leur délégation. La Russie drague les pays asiatiques. Ils ont raison, par une pirouette dont seule l’histoire a le secret, le centre du monde s’est déplacé dans le pacifique. Garde-toi vieille Europe, ton temps s’en va.
Les bâtiments sont espacés avec de larges espaces verts. Il y a une plage en contre-bas. Tout ici respire le calme et la sérénité.
Chemin faisant, Nisreen se raconte. Elle es yéménite, elle a quitté son pays en guerre en 2015. A force de travail, d’intelligence de résilience, elle a obtenu un job ici et le permis de résidence qui va avec. Je ne peux m’empêcher de penser que l’aventure c’est elle et pas une voyage aussi long soit-t-il. De même qu’il y a une séparation nette entre vacances et voyage dans mon esprit, il en existe une autre tout aussi nette entre voyage et aventure. Le mot est galvaudé par les tour opérateurs et les magasines. L’aventure reste bien au-delà de nos voyages. Elle ne se montre que lorsque que le chemin du retour disparaît à jamais.
Je reste un moment ému par ce destin à peine croisé. Il nous faut repartir.
Denis m’emmènera visiter un cimetière où sont enterrés les soldats étrangers morts en 1918 et 1919. Décidément, tout me ramène à Kessel! Une église catholique ensuite. Là encore, une histoire marquée par l’année 1919 et ces volontaires étrangers qui contribueront à sa réfection. Kessel encore.
La journée courre sous un ciel bleu d’azur, je ne peux me résoudre à laisser Denis. Nous irons dîner avec sa femme Liena dans le meilleur restaurant de la ville. Nous mangerons du crabe géant arrosé au Chablis de France. Le vin nous rendra la légèreté que l’age nous enlève.
C’est si facile quand on est voyageur, seul de surcroît. Un sourire emporte tout. Nul n’a peur de vous. Personne ne se sent engagé. Vous êtes comme un oiseau qui passe au-dessus des têtes. L’on regarde et l’on dit « quel bel oiseau ». On sait que l’on n’aura pas à le nourrir indéfiniment. Quelle différence avec une vie de Nisreen où chaque amitié est une conquête.
Je n’ai que le meilleur, Dieu me préserve de cette ivresse!
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Beau voyage que le tien; géographique, historique et personnel sans nul doute.
Merci pour le partage!

Pierre, l'africain

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